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12
mai

Bazar des Anges - Chapitre 3 / section b

Le soir où il arriva en retard, c’était le jour anniversaire de notre première rencontre. Je le vis débarquer avec un petit paquet, l’air plus guilleret que jamais. Il me faisait souvent son hop, je suis là (ou l’inverse, en partant), mais ce soir-là je le vis apparaître au loin, marchant d’un pas souple sur un trottoir soudain déserté, comme nimbé d’une lumière dorée qui n’était pas celle des réverbères. Il n’était pas seul. Je m’en aperçus presque au dernier moment.

L’accompagnait sa copie quasi conforme, mais au féminin. Hormis un sympathique surplus de poitrine, les différences étaient mineures. Le visage était plus fin, avec des yeux d’un bleu intense, et des cheveux presque noirs. Elle était à peine plus grande que lui. Très mignonne, songeai-je.

« N’y compte même pas », dit Raphaël.

Elle sourit. Ainsi, il se permettait de lire dans mes pensées. C’était du propre. Je l’engueulai en silence, sachant qu’il m’entendait parfaitement. Elle se mit à rire, et son rire à elle me fit penser à un scintillement.

– On y va ? », demanda-t-il, un peu bougon.

Je hochai la tête et ils s’évaporèrent aussitôt.

Bon, qu’est-ce que je faisais, moi, maintenant ?

J’entendis un nouveau petit rire, comme un scintillement, qui venait de loin, et une musique. Je reconnaissais cette musique. Elle m’évoquait un faux lierre. Je savais où me rendre. Mais pas comment pour y être rapidement.

Puis, sans vraiment m’en rendre compte, et sans rien comprendre, j’y fus.

Ils étaient déjà attablés. Même recoin qu’il y avait un an.

« Est-ce que ce n’est pas un bon choix, pour un anniversaire ? » demanda un Raphaël narquois.

Je m’assis.

« Pas mal, mais je préfère quand il y a un truc qui se mange. »

Il me tendit son petit paquet.

« Tiens, justement, c’est pour toi.

– Qu’est-ce que c’est ?

– Quelque chose comme la boîte de Pandore. Avec un gâteau au chocolat dedans. »

J’ai grimacé. La fille s’est penchée vers moi, m’embrassa sur la joue, et je ressentis un picotement délicieux.

« Tu as le choix , dit-elle. Tu peux désormais être complètement des nôtres. Tu sais ce que ça signifie ?

– À part que le petit stagiaire est en passe d’être titularisé, non, je ne vois pas. »

C’était presque un euphémisme. Mais demander de plus amples explications ne serait peut-être encore une fois pas bienvenu. J’avais pourtant besoin d’en savoir un petit peu plus sur cette possible promotion.

« Si tu peux éclairer ma lanterne, ce serait pas mal », suggérai-je.

Elle hocha la tête et eut un sourire grave.

« Tu pourras être le bras droit de Raphaël, sans restrictions. Tu en sais maintenant bien assez pour lui être vraiment utile. Mais nous te laisserons le temps de te décider. Nous n’attendons pas une réponse immédiate. »

Raphaël regardait ailleurs, avec une mine que je trouvai soudain légèrement inquiète. Il se tourna enfin vers moi.

« Ce soir, surtout, rentre à pied. N’allume pas en arrivant. Même pas dans la cage d’escalier. Tu y verras assez clair. Ça, c’est mon principal cadeau. Surtout, si tu croises quelqu’un, ne lui parle pas, il ne faut pas risquer qu’on puisse t’influencer, et à cette nuit tu serais trop vulnérable . Une fois chez toi, tu ne risqueras plus rien, et tu pourras alors réfléchir autant que tu voudras. Pendant une seconde ou dix ans, peu importe, mais n’ouvre la boîte que lorsque tu auras fait ton choix. Sans oublier de m’inviter… »

La fille continua.

« Tu vas avoir de la visite. Essaie de rester courtois. Ce ne sera peut-être pas très agréable »

Ils saisirent leurs verres pour trinquer.

« Bon, franchement, qu’est-ce qu’il y a dans cette boîte ? », fis-je en la secouant un peu.

– Un gâteau d’anniversaire, voyons ! »

Je levai mon verre et le fis tinter contre les leurs. Je me demandais quel genre de visite je pourrais recevoir, mais c’était sans doute aussi le genre de question à ne pas poser. J’avalai une gorgée de champagne. Lorsque la coupe fut loin des lèvres, je remarquai qu’ils s’étaient évaporés. Normal. Je ne m’attendais tout de même pas à ce qu’ils sortent par la porte. Toutefois, la politesse eût commandé qu’ils daignent au moins me dire au revoir.




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