Archive pour la catégorie 'L'écriture pour les nuls'

28
jan

petit aperçu d’orthotypographie pratique

plo-29.jpgJ’étais en train de m’interroger sur le sort réservé à certaine version tapuscrite de L’Etoile des Chiens qui semblait avoir glissé du disque dur pour tomber dans les limbes, lorsque j’ai songé que, de toute façon, même en utilisant une baguette de sourcier, une boule de cristal, du marc de café soluble ou les si subtiles compétences de la  superextralucide voyante-trapéziste-psychothérapeute la plus proche [1], je n’arriverais pas à retrouver cette saloperie de fichier, et qu’il me faudrait par conséquent effectuer un travail comparatif entre le pdf mis sur Alexandrie Online et le fichier OpenOffice qui me reste.

Sur lequel il y a au moins un problème de taille.

Les dialogues.

Ils ne respectent pas les convenances. Donc, ma mémoire défaillant sur ce point, je suis allé repêcher un vieux billet publié ailleurs, et le flanque ici où j’aurai peut-être un peu moins de mal à le retrouver (si je le classe dans la bonne rubrique, préalable essentiel).

 

 

Un dialogue, si l’on veut respecter la règle, se traite avec déférence de la façon suivante :

 

« Je ne me souviens pas d’avoir commandé deux parts de bléseff, murmura le Vénusien aphone tandis que le serveur octopode s’éloignait en ondulant.

Est-ce si grave ? s‘enquit l’Ambassadeur de Neptune. Si vous voulez, nous pouvons émettre une protestation officielle.

Grave, certes non, mais je crois avoir demandé une Forêt-Noire. » Il regardait son assiette avec consternation. « En plus, ça remue, là-dedans. »

Les quatre émissaires de Mercure firent une moue horrifiée.

« Serveur ! hurla le seul terrien qui avait d’un seul coup envie de vomir.

Laissez-donc, fit le Vénusien.

Il fit un geste pour écarter l’octopode qui faisait mine d’approcher.

« C’est affreux, murmura un Mercurien. Je ne pourrais pas avaler ça. »

Un grand silence se fit.

« De toute façon, je n’ai plus faim », conclut le Vénusien d’un ton aigri.

 

Il faut donc un guillemet (bien français) ouvrant en début de dialogue, pas de majuscule en début d’incise[2] même si la ponctuation y inciterait , surtout pas de guillemet en reprenant la tirade après l’incise, un tiret quadratin pour les répliques[3], et un guillemet fermant (tout aussi français !) pour clore le dialogue. Voilà la base.

Au sein du dialogue, tout élément étranger à l’intervention (comme le fait de regarder une assiette avec consternation) n’étant pas une incise, on fermera préalablement le guillemet (toujours français) avant de le rouvrir avec distinction en reprenant le blabla de l’interlocuteur.

Une intervention isolée sera dûment traitée avec les guillemets ouvrant et fermant (ils demeurent français, que voulez-vous qu’ils soient sinon ?), et l’incise traitée de la même façon qu’ailleurs (avec respect).

À noter qu’une incise en fin de dialogue, comme celle de la dernière ligne de mon exemple, doit être précédée d’un guillemet fermant (je n’en répéterai pas la nature pour qu’on ne dise pas que je suis chauvin, vous la connaissez désormais), puisque le dialogue est clos, et toujours autant dépourvue de majuscule initiale.

 

 

Voilà pour les préoccupations orthotypographiques[4]. Il me faudra désormais un bon moment avant de parvenir à chasser les errements pourtant jadis exterminés, à mettre de sains guillemets français ouvrants et fermants là où il faut, à les exterminer là où ils n’avaient rien à faire, et à revoir les coquilles qui auront ce faisant une fois de plus surgi par inattention (parce que laisser des ?, c’est affreux affreux).

 

Mais cet exercice douloureux (déjà fait il y a plusieurs mois) sera réservé à quelque jour ultérieur puisque, comme j’ai dû le laisser entendre, j’ai encore du paragraphe à moudre avant de me hurler « Repos !!! » avec une vigueur propre à me rendre sourd.

 

 

 

[1] Le cumul est parfois préférable pour assurer les fins de mois, l’extralucidité pouvant être fluctuante.

[2] Proposition généralement de peu d’étendue et syntaxiquement indépendante, intercalée entre virgules dans le corps de la phrase ou rejetée à la fin de celle-ci, utilisée pour indiquer que l’on rapporte les paroles ou les pensées de quelqu’un ou pour introduire diverses nuances (supposition, opinion, explication, interrogation) [définition dispensée sur Lexilogos].

[3] On peut préférer, pour des raisons esthétiques ou de cohérence graphique, le tiret demi-quadratin, celui dont on use ici et là pour remplacer les parenthèses. Il est vrai que certains voient d’un mauvais oeil la multiplication des genres de tirets. ― ou – mélangés, ça fait vite désordre. Noter que le tiret quadratin occupe l’empattement du M (remarqué-je juste pour faire mon intéressant). On écrit également cadratin ou empatement, mais je fais encore mon intéressant, là, promis j’arrête pour cette fois.

[4] Ce vocable n’est pas reconnu par les dictionnaires consultés, mais qu’importe.




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