Je dois être aveugle… ou parfaitement idiot.
Il va falloir qu’on m’explique. Soit je ne comprends décidément rien à l’art actuel, soit il est devenu un vaste foutoir qui a perdu tout sens (et pas seulement le sens commun). Le second choix a naturellement ma préférence.
Là où je travaille, bâtiment public flambant neuf dont l’austérité ne pousse pas franchement à la rigolade, vient de se produire un curieux phénomène. Hier, en directe provenance du Fonds National d’Art Contemporain, diverses œuvres ont été installées. Le choc esthétique ressenti en apercevant au sortir du bureau d’un assemblage de poutres (quelque chose ressemblant vaguement à un fragment de charpente) n’était que le premier d’une petite série. De la sculpture (abstraite) et des toiles (tout aussi abstraites) venaient de faire irruption, histoire sans doute de meubler les lieux et d’y introduire la juste dose de culture qu’il faut.
Je vais le dire tout net, et pourtant je n’ai pas l’habitude d’être aussi brutal: j’ai aussitôt été à la limite de l’écœurement. Il va falloir m’y faire, hélas. Mais si je ne risque pas de passer souvent devant la toile la plus immonde, il en est d’autres (devant et dans la cafétéria) qui soit vous donnent mal au crâne, soit sont une discrète invitation au suicide.
Il m’arrive de rentrer dans certains musées. J’en ressors la plupart du temps avec pour seule réflexion que l’art est vraiment devenu une vaste entreprise de foutage de gueule, une perverse escroquerie intellectuelle, et là croyez-moi je reste encore bien poli. On se permet décidément n’importe quoi avec des justifications qui tombent carrément dans l’outrecuidance (le jugement d’autorité, c’est bien pratique pour faire taire les «ignares» dont je suis). Je veux bien que l’art ne soit pas que représentation, je n’ai rien contre l’abstraction, mais dès lors qu’on sombre dans l’hermétisme total, la confusion, le déni total de toute préoccupation esthétique, il y a de quoi se poser de sérieuses questions. Quand un artiste expose des photographies de merdes en gros plan, quand on vous vend plusieurs milliers d’euros des assemblages de matériaux de récupération, quand on se contente d’un gribouillis sur une toile livide, quand on vous produit du carré noir sur fond noir, et qu’on veut vous faire croire qu’il y a là création, donc valeur (et pas seulement valeur marchande), on est en droit de se demander si le déraisonnable et l’aberration ne sont pas tout bonnement devenu la règle, si l’imposture n’a pas définitivement pris le dessus.
Le renversement des valeurs artistiques, en son temps, était devenu inévitable. Une rupture était devenue nécessaire. Que le résultat de ce renversement, qui n’aurait dû être qu’un moment, se soit ensuite systématisé jusqu’au point de produire un nouvel académisme, voilà qui est surprenant. Pire, il est facile de constater que les créations des uns sont souvent indiscernables de celles des autres, répétant des schémas identiques, et qu’il n’y a dans bien des cas plus de repère possible par un style propre.
Une des constatations que j’ai faites depuis longtemps est que plus l’œuvre est pauvre, inconsistante, plus le discours qui l’environne enfle. Faute de sens, il convient de spéculer à l’infini sur de possibles interprétations, la glose règne, et cette démultiplication des significations possibles me laisse croire que de sens, il n’y a plus guère. Les critiques d’art, voyantes lisant dans le marc de café, peuvent bien tenter de me faire avaler que derrière trois bouts de plastique se cache un génie, ce au bout d’une démonstration tortueuse, j’ai toujours devant moi trois bouts de plastique.
Il est devenu impossible d’avoir un regard. L’objet/œuvre se pose comme énigme qui ne peut être résolue, sinon faussement par le biais d’un mensonge délibéré. C’est de l’art, puisqu’on vous le dit. Preuve à mes yeux bien insuffisante. Ce n’est plus que mascarade, magistralement menée certes, mais mascarade tout de même, hypocrisie de haut vol, alors qu’on assiste à l’imperturbable escamotage de la création au profit d’un geste reproducteur, seul changeant le discours autour de l’œuvre, l’emballage conceptuel ou pseudo-conceptuel qui seul permet, désormais, de distinguer l’objet artistique de celui qui ne l’est pas.
La réponse la plus facile qu’on pourra me faire c’est que je n’y comprends rien. Mais alors, qu’on daigne m’expliquer, et pas en usant d’artifices, et qu’on me prouve que l’art n’a pas perdu toute profondeur.
En attendant, qu’on m’en excuse, mais quand je découvre des «œuvres» comme celles utilisées pour illustrer ce billet, je n’arrive décidément pas à estimer qu’il y a là quelque chose de grand, de profond, de porteur d’un sens intrinsèque auquel je puisse accéder.
Je ferai une exception pour celle-ci, qui requiert pourtant d’avoir déjà quelques références pour être «lisible»:
PS: Images tirées (sans autorisation) du blog http://ouvretesyeux.wordpress.com/ (auquel cas elles renvoient à l’article correspondant) ou du catalogue en ligne du Fonds national d’art contemporain.







entière adhésion
mais qu’est -ce que l ‘art ?
le 2007-09-27 sur “une chrétienne née sur la terre arabe ”
[Je modifie juste le commentaire de Luce Caggini pour insérer un lien direct vers la page:
http://lucecaggini.blog4ever.com/blog/lire-article-63230-463290-mais_qu_est_ce_que_l__art__.html et je vous invite à visiter son site: http://www.luce-caggini.com/.]
La question restera encore longtemps brûlante. Impossible de la refermer, et me semble-t-il la seule réponse valable est paradoxalement contenue dans l’œuvre d’art elle-même. Autant dire que si on est amené à privilégier le discours sur l’œuvre pour l’expliciter, on s’éloigne d’autant plus d’une possibilité d’élucider le mystère…
On peut bien entendu caractériser l’art moins en ce qu’il est mais plutôt selon les modalités de sa manifestation (dont l’absence de finalité pratique), et ainsi éluder le problème. Peut-on, malheureusement, espérer pouvoir faire autrement? je m’interroge…
(Une adresse comme support à la réflexion:
http://www.philocours.com/cours/cours-art.html)
Ami, merci de partager http://www.philocours.com/cours/cours-art.html)
j ‘ai apprécié.
Oui, il y a frontière entre art et artistes…ceux qui se sont engagés par folie, par inconscience, par dérapages, sur la voie de l ‘art pictural , le pinceau ou la truelle à la main pendant trente ans et plus partagent une expérience que le philosophe fut – il aussi renommé que Kant ne dit pas avoir éprouvée(à ma connaissance).Il y a tant de hauts , tant de bas , tant de très hauts et de très bas dans la vie d’ un peintre! je dirai que ces fluctuations et la non existence de d’une école de l’imagination forment avec plus ou moins d e bonheur le tissu charnel du créateur. Sa grande vertu est même la gratuité de son geste .
sans vouloir inonder le terrain de mes réflexions ,j ‘en jette juste quelques unes et ceci n ‘est pas exhaustif.
« Art was art because it was not nature » Goethe
Art moderne ? Art contemporain ? Art d’avant garde ?
Je suis un peu fatiguée après trente années de méditations ,
d’ acharnement au travail, solitaire du pinceau et de la spatule,, avec des hauts et des bas , des très hauts et des très bas, des expositions un peu partout , dans des “ grandes galeries ” des galeries de rien du tout , “ des halls de gare , ”, des particuliers, des associations gratuites, des murs de prestige et des murs de poulailler,
Apres avoir rêvé d’ un croissant de lune à Jérusalem, rester en état d’ émerveillement devant le sourire d’ un bébé japonais,
je suis excédée de voir défiler des articles savants de critiques d’ art savant, qui ont les yeux du savoir, les mots du savoir, et le cœur au centre de la caisse, bien arrimé, bien policé, ballonné de tous leurs parchemins , faire des choix, définir des catégories régir les goûts et les prix.
Van Ghog savait –il s’ il était moderne ?et Miro ?, et Picasso ?
Je continuerai à alimenter cette prétentieuse position,
Apres tout ,je suis un peintre
Article ajouté le 2007-06-02 , consulté 4555 fois
“ traditionnellement l ‘ enseignement se fait au contact des œuvres par ceux qui en on la charge ”
c’est ce que déclare Philippe Durey , le directeur du prestigieux Institut national du Patrimoine (“ cda ” n° 626 p. 18
bien dit !et l ‘ on forme des “ métiers de médiation culturelle, “le droit et l ‘ histoire de l ‘art à des futurs galeristes etc..
plusieurs écoles privées se disputent le terrain , EAC forme des managers culturels d’autres instituts proposent un diplôme de négociant d’ art médiateur culturel et ainsi de suite .
Il y effervescence pour déployer sur la scène les gérants de l ‘Art.
Bientôt il y aura plus d’ intermédiaires que de créateurs .
Et si les galeristes et autres mégoteurs du monde de l ‘Art se servaient un peu plus de leur pif pour aborder l ‘art au lieu de répondre aux artistes venus leur soumettre leur travail :
Nous avons une ligne, vous n ‘êtes pas dans notre ligne !
Il faut repartir la tête basse, le cou dans les épaules, parce que nous ne sommes pas dans la bonne ligne ;
Et pendant ce temps, des myriades de faux artistes, d’artistes nés pendant la nuit, sans passé, autre inspiration que celle de dupliquer ou bien habiles à dessiner des nus, des canards et des paysages provençaux bariolés entassent leur production chez les scolaires en Art.
Une Peggy Guggenheim s’est lancée dans sa grande aventure avec l’art au début des années quarante sans savoir si elle était dans la bonne ligne.
Réponse aux galeristes :
“allez vendre des cacahuètes, cela vous sierra .allez vendre des tapis, vous serez dans votre élément,allez parler aux animaux du contre pouvoir , allez, moutons de Panurge ”
allez à l ‘eau
Article ajouté le 2007-08-11 , consulté 289 fois
Cordialement Luce Caggini
Je vais rajouter quelques mots qui (ici aussi) n’engagent que moi.
Je recherchais vainement hier à résumer mon sentiment, et j’ai fini par trouver ce que je voulais exprimer: l’irritation devant la facilité agrémentée de prétention. La sincérité du geste s’efface devant la nécessité de pouvoir susciter un verbiage incessant, comme s’il n’y avait plus d’issue pour l’art que d’être discours sur l’art. La potentialité discursive prime sur l’acte créateur, lequel perd de sa raison d’être.
Si la question «qu’est-ce que l’art» ne peut trouver qu’un semblant de fantomatique début de réponse au terme d’un cheminement ardu nécessairement inachevable, elle peut être rapidement contournée: est art ce qui est désigné en tant qu’art. C’est le musée ou la galerie qui fait l’œuvre, en quelque sorte. Une caisse en bois peut très bien changer de statut en fonction de l’endroit où elle est placée: sur le trottoir elle sera déchet encombrant, et dans un lieu autorisé, dûment étiquetée, elle sera art. Voilà ce que j’entends (pour une part) en parlant de facilité(1): la déconcertante possibilité de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et éventuellement de nous le faire payer très cher. La prétention suit: puisque la caisse est exposée en tant qu’œuvre, il faut se hâter de justifier cette essence, et lui fabriquer une légitimité via une glose savante. Et l’artiste complaisant d’acquiescer aux commentaires savants. Il en va de sa reconnaissance (en tant qu’artiste et en tant que valeur marchande), et qu’importe s’il faut sacrifier son authenticité…
Et l’artiste sincère, qui ne se soucie pas de faire pauvre ou de faire touffu parce que c’est dans l’air du temps, qui produit une œuvre correspondant à sa propre trajectoire sans se soumettre aux fluctuations du marché, qui ne se plie pas aux jugements péremptoires du microcosme artistique, d’être submergé par la masse des opportunistes. (C’est vrai aussi en littérature. J’ai en tête quelques noms d’auteurs dont la singularité fait qu’ils ne trouvent pas le chemin des éditeurs, alors qu’ils le mériteraient mille fois. Mais que voulez-vous, ils n’ont pas de potentiel marchand, parce qu’ils réclament un effort de lecture qui n’est plus de saison).
Nombreux sont ceux qu’il faudrait blâmer dans ce que je vois comme l’étouffement actuel de l’art. Institutionnels (quelle que soit leur coloration politique), artistes (du moins étiquetés tels), amateurs, qui favorisent le labour à l’envi des mêmes sillons, qui ont pour principale qualité d’être rentables. Peut-être n’est-ce qu’une mauvaise passe. Une de ces crises qui provoquent des sursauts salutaires. Pourvu qu’elle ne tarde pas trop…
(1) La simplicité n’est pas nécessairement synonyme de facilité. Au contraire, se dépouiller des effets superflus est ce qu’il y a de plus difficile et requiert un long parcours. Mais la simplicité est aussi la voie la plus directe pour se permettre les facilités. Distinguer l’inepte de ce qui fait sens devient alors très difficile, mais j’ai mon truc: plus ça bavarde autour, plus je me méfie. En revanche, devant une accumulation de matériaux hétéroclites ou de barbouillages d’où ne surgit aucun ordre, pour moi le message est clair: dans la confusion réside la preuve qu’il n’y a aucune démarche, et qu’on me prend vraiment pour un crétin.
Aie Aie Aie….Enfin les mots sont un lien et un centre de géométrie à conditions variées et concentrées sur le thème ; Art ? et après?Tellement profitable de se savoir lue et entendue , ne serait -ce qu ‘ une fois et si c’était la seule, ce serait une grâce reçue d’ une unité de pensée.
amitiés
à Mardi?
Vous avez écrit :
“Il va falloir qu’on m’explique. Soit je ne comprends décidément rien à l’art actuel, soit il est devenu un vaste foutoir qui a perdu tout sens (et pas seulement le sens commun). Le second choix a naturellement ma préférence.”
L’art n’est pas fait pour des spécialistes et n’a pas besoin d’explications. Vous êtes comme n’importe qui d’autre compétent pour juger à partir du moment ou vous êtes touché.
Ce que vous faites d’ailleurs. N’ayez pas peur de continuer.
Vous avez écrit :
“Il m’arrive de rentrer dans certains musées. J’en ressors la plupart du temps avec pour seule réflexion que l’art est vraiment devenu une vaste entreprise de foutage de gueule, une perverse escroquerie intellectuelle, et là croyez-moi je reste encore bien poli.”
Il faut arrêter de rentrer dans “certains musées”. :-)