Heurs et malheurs de la publication

Manifestement il faut que je revienne sur mon (certes bref) passage au sein du catalogue des éditions Le Manuscrit. Coup sur coup, j’ai en moins d’une journée reçu deux messages (de détresse) d’auteures qui, plongées dans l’insatisfaction, souhaitent se défaire d’un contrat devenu encombrant. Ce n’est pas la première fois que me parviennent des demande d’aide, et pour y répondre clairement j’ai décidé qu’un petit billet s’imposait. Même s’il m’en coûte un peu de devoir revenir sur un épisode dont je ne suis pas excessivement fier. Et j’avertis que ce sera la dernière fois que je parle de tout ça, parce que ça me fait remonter les humeurs.
Je vais sans doute m’attirer des remarques plus ou moins obligeantes de la part de personnes qui, ayant signé avec Mme Lemalet, sont fort heureuses de leur parcours éditorial. A celles-ci, j’assure que je suis heureux pour elles, mais que leur cas n’étant pas la règle, il faut aussi penser à ceux qui, ayant vu l’existence de leur livre contrariée par diverses avanies, n’ont plus qu’une seule envie: fuir, et aller voir ailleurs.
J’ajouterai que les échos qui me parviennent (quand on me contacte au sujet de cet éditeur ou quand je fouine sur la toile) sont plus souvent désagréables qu’élogieux. Le nombre de ceux qui se sentent au mieux pris au piège et au pire floués est tout de même notablement plus important que la quantité de ceux qui s’estiment ravis (même quand ils ne touchent et ne toucheront jamais un seul centime). Quant à mes plus grands reproches adressés aux éditions Le Manuscrit, on verra ça en fin de billet.
Si je devais récapituler ma mésaventure, ça se résumerait en un seul mot auquel le pluriel s’impose: ratages. Et si j’y ai contribué, lors de la parution, c’était par pure naïveté. Mais voyons comment les choses se sont déroulées.
Nous sommes fin 2005.
Après avoir longtemps hésité, j’ai jeté mon dévolu sur un éditeur dont l’esprit d’innovation a fini par me séduire. La charte éditoriale me semble tout à fait correcte, et je suis prêt à faire quelques efforts pour que le livre, lorsqu’il sera porté sur les fonds baptismaux, puisse connaître une certaine diffusion. J’envoie donc mon manuscrit par la voie électronique requise et attends patiemment.
Vient 2006, et courant janvier je reçois une réponse positive. La célérité dont on a fait preuve ne me suscite aucune suspicion particulière, c’est pourquoi je signe le contrat le 23 du même mois. Sans me préoccuper de certaine clause qui m’embêtera plus tard.
Le bon à tirer est reçu le 14 août, après avoir beaucoup insisté. Entre un minimum de dix semaines (délai raisonnable eu égard au travail à fournir, quand la maquette a été intégralement fournie par l’auteur) et les trente au bout desquelles je l’ai vu tomber, il y a une certaine marge. J’avais fini par m’impatienter. Les promesses de le voir me sauter à la figure incessamment restaient vaines, semaine après semaine. On tenta finalement de me faire comprendre qu’il y avait trop de livres dont il fallait s’occuper, et que je n’étais pas en tête de liste. Bon, admettons. Mais… quand même!
Les corrections sont envoyées le 18 août. La mort dans l’âme: on ne me laisse la possibilité que d’en imposer vingt, ce qui est nettement insuffisant lorsqu’on s’est rendu compte qu’on avait laissé passer bien trop de coquilles (et je n’avouerai pas le nombre de fois où la langue de Molière avait été malmenée). Les choix ont été drastiques, j’ai seulement pu remédier au pire. Le 21, je rends ma copie.
Ce même jour le livre est «publié».
J’opère alors une approche infructueuse de libraires pour une possible mise en rayon: non référencé sur Dilicom, le livre ne les intéresse pas. Sauf si, quand il existera réellement, pour le prendre en dépôt… Il est par ailleurs trop tard pour les “animations en bibliothèques” (on me dit que le programme est bouclé, il me faudrait attendre l’an prochain…)
De septembre à octobre, appels téléphoniques et courriels via le formulaire de contact de l’éditeur pour savoir quand sera référencé le livre. Pas de réponses aux courriels, assurance téléphonique que ce serait fait dans les plus brefs délais. Pour mémoire, l’éditeur s’engage dans sa charte à effectuer le référencement dès parution. Sauf qu’on oublie de mentionner que l’intégration sur l’indispensable Dilicom prend un certain temps. Et un auteur naïf ou trop confiant ne comprendra ni que ça traîne un peu, ni qu’on ne lui explique pas pourquoi.
Le 30 octobre, face au silence obstiné de la partie qui me semble désormais adverse, j’adresse un courrier avec AR pour réclamer le référencement. Pas de réponse, mais… le livre est enfin référencé sur la base Dilicom et sur les sites partenaires aux alentours du 10 novembre.
Le 14 novembre, j’obtiens enfin une réponse du service commercial aux courriels (pas à la lettre avec AR), pour remarquer que le livre est référencé ici, ici, et là aussi, et que même il en a été commandé quatre exemplaires en librairie. (Pour info, la personne qui avait commandé ces 4 exemplaires m’était connue via le net, et a failli ne jamais les recevoir avant l’année suivante, malgré les relances faites par son fournisseur de parallélépipèdes en papier.)
Je tente alors de relancer des libraires, qui, pour rester poli, se désintéressent souverainement de la question, se souvenant que je les avais approchés alors que le livre n’était pas disponible, sauf auprès de l’éditeur (qui leur semblait peu enclin à fournir l’ouvrage, ou dont ils se méfiaient à outrance). J’essaie ailleurs et essuie des refus ou des propositions de mise en dépôt.
Et forcément, ventes néant, même en étant présent sur le site Littérature.tv, sur le Portail du Livre, en faisant ma “pub” sur divers forums…
J’en étais las.
Se retrouver avec un livre qui se révèle mort-né, ça fait assez mal. Même si le roman était, en fin de compte, plutôt moyen (il aura plus tard fallu l’assistance de Cocyclics pour qu’il évolue positivement, et surtout de Céline qui a dû se le farcir pour me diriger fermement vers l’amélioration). Le temps qu’il soit disponible, il était déjà dans les profondeurs du catalogue, et il s’y enfonçait toujours davantage, écrasé chaque jour par plusieurs nouveaux ouvrages tout juste éclos. Il n’y avait eu aucun effort, même minimal, de promotion de la part de l’éditeur. Le simple référencement sur des moteurs de recherche ou des sites marchands, comme mode de communication ça fait bien maigre. Et ça n’a aucune pertinence s’il faut déjà connaître le nom d’un auteur pour le trouver. Ce fichu texte, je voulais qu’il fût édité moins pour le vendre, mais pour qu’il soit lu, en vrai livre. L’effet était inverse: je m’étais dépouillé de mes droits pour le jeter dans les limbes.
Il aurait fallu, sans aucun doute, que je me décarcasse plus: salons du livre et foire aux bestiaux (parfois c’est la même chose) sont des lieux où il faut être présent pour se faire connaître ou rencontrer le dédain d’un public avide de pages fraîches. Or, pour ce faire il eût fallu que j’investisse en frais de transports, en frais d’inscription pour avoir mon petit coin de table, et que je constitue mon propre stock de petits volumes. Sans avoir l’assurance de rentrer dans mes fonds.
Ce genre de démarche, certes honorable, eût fait échapper mes maigres bénéfices aux «droits d’auteur», attendu que j’aurais moi-même acquis mes livres pour les revendre (je les aurais achetés à un prix plus attractif, mais quand même). Or il ne m’échappait plus que le contrat comportait une clause handicapante et démotivante. Je veux parler de la retenue des droits d’auteurs par l’éditeur tant que ceux-ci n’ont pas atteint le plancher de 150€. Soit, en ce qui me concernait, la vente d’environ 200 ouvrages par le biais direct de l’éditeur. Défi qui ne pouvait que difficilement être relevé. D’autant qu’au prix de l’ouvrage s’ajoutaient 10€ de frais de port (sauf pour les commandes en librairie, manifestement traitées par dessus la jambe) qui représentaient aux alentours de 70% du prix initial. Qui d’assez sensé aurait daigné passer commande dans ces conditions? Bien sûr, il y avait le biais des libraires; mais dès lors que la livraison mettait un temps fou (ça, on me l’a raconté: quelqu’un qui avait commandé courant octobre mon bouquin pour l’offrir à Noël l’a vu arriver presque en retard chez son fournisseur préféré, qui avait même dû intervenir plusieurs fois auprès de l’éditeur pour accélérer les choses).
Cette clause abusive mais pas tout à fait illégale (ou à peine légale) me faisait désormais grincer des dents. D’autre part, j’étais lié par un droit de préférence qui n’était que la simple promesse que les deux prochains ouvrages que je daignerais vouloir faire paraître serait flingués sur le champ dès que j’aurais apposé ma griffe en bas des pages du contrat.
Chat échaudé craint l’eau froide.
C’est encore pis si on a le sentiment qu’il s’agit plutôt d’hélium liquide…
Dans cette malheureuse situation, j’avais rencontré sur le net bien d’autres auteurs. La résistance finit par s’organiser, publiquement en plus, et quelques lettres de demande de résiliation tombèrent quasiment simultanément sur le bureau du service contrats. La mienne partit le 23 janvier 2007. Le choix de certaine date anniversaire n’était qu’à peine prémédité.
Courant avril j’étais enfin libre et soulagé. Mais, encore une fois, il avait fallu lourdement insister.
Dans le courrier annonçant officiellement la résiliation du contrat, ce qui m’aura (presque) amusé, c’était la mention «Néanmoins nous tenons à vous rappeler que nous avons réalisé tout un travail autour de votre ouvrage (Maquette et intégration de corrections jusqu’au BAT définitif et communication ciblée). La maquette demeure la propriété exclusive des Editions Le Manuscrit».
Or, la maquette est presque exclusivement établie par l’auteur, qui utilise le modèle word obligatoire (avec feuilles de style imposées etc.). L’intégration des corrections demande, au maximum, dix minutes montre en main et café dans l’autre, d’autant que le nombre en est limité (je rappelle qu’on on a droit à 20 modifications). Quant à la communication, elle est effectivement ciblée: en direction du néant (mais c’est déjà un bel effort).
Le travail pour l’équipe de Le Manuscrit est, reconnaissons-le, souvent bien considérable…
Pour ceux et celles qui, accablés de voir que leur livre est en train de sombrer ou qu’il a déjà disparu dans la Fosse des Mariannes, voici ce que je suggérerai si leur souhait le plus cher est de briser des chaînes qui entravent leur aptitude naturelle à la joie.
Comme le souhaite l’éditeur, il faut lui faire parvenir une lettre de demande de résiliation du contrat. Avec accusé de réception. C’est le préalable nécessaire mais non suffisant pour se débarrasser d’un contrat devenu insupportable.
Dans ce courrier, qui ressemblera si on le désire à un lugubre chant de plaintes, il faut relever systématiquement toutes les raisons qui poussent à demander le divorce. Et ce sans tomber dans la malhonnêteté: les faits suffisent de toute façon, inutile d’en rajouter et d’inventer par exemple des contenus de conversations téléphoniques désastreuses. Pour ce qui me concerne je n’ai jamais eu à me plaindre des quelques contacts vocaux que j’aurai eu avec les employés de la maison (ou les stagiaires, manifestement mis à rude contribution). Tant qu’à faire, dans tous les cas il faut demeurer correct. C’est la moindre des choses de toute façon. Après tout, on demande une résiliation à l’amiable, on n’entame pas une guerre de tranchées. Enfin… pas encore.
Car la guerre de tranchées vient ensuite. Lorsqu’on a envoyé son courrier avec accusé de réception (je répète qu’il nécessaire, vraiment nécessaire de toute manière car la législation l’exige), il va falloir suivre le déroulement des opérations. Et harceler les services compétents. Parce que si on ne bouge plus, il n’y a pas de raison pour qu’ils bougent. Montrer sa détermination devient nécessaire. On aura le choix des armes: messagerie (en arrosant tout le monde, Mme Lemalet comprise puisque c’est elle qui signera la lettre de résiliation et qu’on aimera qu’elle sache ce qui se passe dans sa maison), téléphone (ça ne mène pas à grand chose, mais on doit bien se faire repérer, à force, comme quelqu’un qui va vous pourrir la vie jusqu’à être libéré du contrat, même si on reste parfaitement courtois voire exquis), et même fax si cet appareil d’un autre âge ne répugne pas. Ceci pour les offensives directes.
Comme ça ne suffira sans doute pas à accélérer le mouvement, on pourra rendre publics et ses griefs et l’évolution des choses. Les moteurs de recherche sont parfois nos amis, et quand on beugle assez fort ça finit par s’entendre. Mais attention, si vous ne savez pas vous retenir de tomber dans la diffamation et la calomnie, oubliez. La prudence s’impose: n’avancer que ce qu’on pourra justifier. Inutile par ailleurs de taper dans le tas. On a beau être déçu, mais alors déçu… cet éditeur permet à d’autres d’être lus et bien lus, parfois même ils le méritent. Simplement il présente des défauts qui devraient dissuader de le recommander pour une première expérience (et j’y reviens juste après).
Nul éditeur ne gardera un auteur qui se plaint trop fort de ses prestations. Ce n’est pas dans son intérêt. Pour ce que je peux constater, les plaintes adressées directement ne suffisent pas. C’est à peine si on les écoute. Quant à y répondre, bah, il ne faut pas espérer qu’on va se fatiguer pour si peu, non? Mais si votre lancinante doléance est portée sur la place publique et qu’elle vient à s’ébruiter (ce que vous n’hésiterez pas à faire) on prendra tôt ou tard attention à votre légitime requête. D’accord, pas si vite que ça. Parce que l’espoir sera toujours que vous jetiez l’éponge. C’est pourquoi je n’ai pas de scrupule à affirmer qu’il ne faut pas se priver de tout étaler au grand jour. En restant mesuré, ce n’est pas la peine qu’on vous catalogue comme hystérique.
Courage, détermination et obstination seront vos maîtres mots. Sans oublier la patience, parce que vous en aurez besoin. Vraiment besoin. Et si vous pouvez regrouper autour de vous quelques autres pour faire front commun, ce n’en sera que mieux. D’abord plus on est de fous plus on rit, ensuite une chorale ça fait plus de boucan qu’un pauvre chanteur des rues.
Maintenant, venons-en à ce que j’avais plus haut promis d’aborder.
Quels sont les défauts majeurs des éditions Le Manuscrit?
Primo, je leur reproche de publier tout ce qui vient sans souci de qualité. Pas de filtre initial (que fait le comité de lecture?), manifestement ce n’est pas une préoccupation assez sérieuse. Donc ils s’acharnent à faire paraître des ouvrages par fournées quotidiennes. Et disposent par voie de conséquence d’un catalogue qui avale tout, dans lequel on ne pourra jamais se repérer, ni même dénicher le livre qu’on voudrait vraiment lire sauf en piochant au hasard. L’absence de discrimination dans les choix éditoriaux s’avère particulièrement affligeante, et n’aide pas à assurer une crédibilité minimale à l’éditeur. Lequel, quand il est par exemple connu des libraires (ça arrive), les incite plutôt au ricanement. (Pour ce qui est des autres éditeurs, l’hilarité provoquée par votre aveu d’avoir un livre chez Le Manuscrit peut s’avérer un tantinet vexante).
Première conséquence, si vous ne faites pas des efforts démesurés pour émerger de la masse, vous n’obtiendrez rien. Strictement rien. Certains ouvrages sont mis en vedette pendant un certain temps (les veinards) mais ils disparaîtront eux aussi sous l’avalanche. Le temps pour réagir et profiter de l’aubaine est vraiment bref. Et de toute façon il ne faut pas se leurrer, on ne fera pas comme ça un best-seller (donc on n’atteindra pas avec la rapidité nécessaire les 500 exemplaires qui forcent le respect).
Il faut aussi considérer que, puisque tout est bon pour l’éditeur, ça fait un sacré paquet d’auteurs auxquels consacrer plus de quelques minutes d’attention sera difficile. D’où peut-être qu’ils n’aient jamais le temps de répondre à vos courriels alors que vous demandez simplement pourquoi votre titre est estropié sur la page de présentation. En pratique, eu égard à ces cohortes d’auteurs qui se bousculent au catalogue ou qui souhaitent y entrer, la communication ciblée promise par la charte éditoriale (celle de 2006 du moins) ne peut être ciblée qu’autour d’un nombre minime de titres, les autres devant se contenter de figurer dans les nouveautés, pendant un si bref moment de non-gloire que ça ne vaut pas la peine d’en parler. Il y a des promesses qui malheureusement perdurent, alors qu’on sait pertinemment qu’on ne pourra jamais les tenir (dont, aussi, celle du référencement immédiat dès parution auprès des sites partenaires et de Dilicom).
Secundo, d’imposer un contrat qui devrait laisser sceptique. Jadis on pouvait en consulter un modèle. Cette possibilité ayant disparu et le site de l’éditeur peu apte à éclairer la lanterne du visiteur, on ne peut pas se faire une idée de ce qu’il recèle comme mauvaises surprise, dont cette malheureuse conservation des droits d’auteur jusqu’à concurrence de 150€. A mon sens, il est assez illusoire d’espérer atteindre cette somme dans un délai raisonnable, voire même illusoire de l’atteindre jamais. Ça représente grosso modo la vente de plus d’une centaine d’ouvrages, ce qui est déjà assez important surtout si on s’en tient aux canaux classiques (commandes auprès de l’éditeur, d’un vrai et honnête libraire, d’un site marchand). D’autant que, rappelons-le, pour que quiconque découvre que vous existez, il faudra une bonne dose de chance tant internet est devenu un vaste foutoir. Et que sur le marché, la vie d’un livre est extrêmement brève: entre la parution et l’oubli il n’y a que quelques poignées de jours, même si on a signé auprès d’une maison prestigieuse.
Je ne voudrais pas insister lourdement sur cette clause malencontreuse, mais elle revient à ce que les gains de votre rude labeur littéraire demeurent dans l’escarcelle de l’éditeur et ne viennent jamais faire les délices de votre compte en banque. S’il vous importe peu que le fruit de votre travail profite à autrui, c’est votre problème. Mais j’estime qu’il s’agit là d’un abus difficilement acceptable.
Outre que vous laissez filez vos droits (cédés, en quelque sorte, pour l’éternité), le contrat stipule aussi, comme c’est encore d’usage, un droit de préférence pour les ouvrages à venir. Il est établi qu’en signant on devrait encore deux ouvrages dans le genre du premier (celui que vous n’arrivez même plus à retrouver dans la liste). On pourrait de la sorte espérer que les sous s’accumulant grâce à ces nouveaux titres, on dépasse enfin le minimum. Cependant, combien ne vont jamais publier qu’un seul livre, le second restant coincé dans leur imagination?
Bien, d’accord, vous avez vendu dix exemplaires de vos romanesques aventures de Charlotte la crémière extralucide, et vous avez même réussi le prodige de venir à bout d’un roman historique narrant les galipettes du comte de Gélaclasse avec une nuée de soubrettes fascinées. Donc, logiquement, vous devriez publier ce remarquable volume chez le même éditeur, nonobstant que vos trois sous de droits lui permettront de s’acheter un paquet de caramels durs alors que vous ne verrez jamais la couleur du moindre chèque. Oui, mais! Le droit de préférence ne pouvant s’exercer que sur des ouvrages d’un genre clairement énoncé dans le contrat, une clause qui utilise la formule «dans le genre du texte visé par les présentes» ne vaut strictement rien. (Vous pouvez vous plonger dans le code de la propriété intellectuelle pour vérifier, mais je crains fort que ce que j’ai lu ne soit explicite à ce sujet). Autant aller plus loin: si vous avez publié un roman chez Le Manuscrit, vous n’êtes pas tenu de leur livrer le second. Ce serait une façon de se dispenser de réclamer la résiliation d’un contrat pour se précipiter chez Galligrasseuil, mais franchement mieux vaut que le divorce soit prononcé avant d’aller faire la cours à d’autres.
Pour ce que j’en dis, tant qu’à publier un livre qui conjuguera le verbe mévendre à toutes les sauces (on n’est pas forcément bon VRP), il vaut mieux se dispenser de se lier contractuellement avec un éditeur qui certes ne vous demande rien au départ, hormis de lui céder vos droits pour toute la durée de la propriété intellectuelle (et ça fait long), mais ne vous donnera rien à l’arrivée (soit que votre bouquin est vraiment trop nul pour avoir un petit succès, soit que vous ne savez pas faire l’article).
Il est préférable, dès lors qu’il faut assurer soi-même, faute de mieux, les corrections, ma maquette, la publicité, voire la diffusion, de se tourner vers l’auto-édition. Il existe désormais des formules extrêmement pratiques qui ne vous coûtent rien, et vous gardez tout le contrôle de votre œuvre. Vous aurez la même charge à assumer, mais vous n’aurez pas le souci, parce que vraiment vous n’en pouvez plus et que vos espoirs de célébrité ont été réduits à néant, de quémander la rupture d’un contrat que vous n’auriez jamais dû signer.
Venons-en aux tous derniers mots pour mettre un terme à ce déluge que je n’avais guère prévu.
Quoi que je reproche à cet éditeur, il en est d’autres qui fonctionnent sur un mode similaire et qui poussent le bouchon vraiment beaucoup plus loin, en vous concoctant des contrats tellement tordus que vous ne vous en sortirez pas. Celui-ci est sans doute à éviter (puisqu’on peut faire aussi bien soi-même et sans risque), le nombre de ceux qu’il faut fuir à toutes jambes fait peur. Là, on peut se contenter de partir à reculons. Mais de partir quand même.
Et puis, de toute manière, si on tient vraiment à une publication traditionnelle, il vaut mieux (bien mieux) se coltiner avec des éditeurs qui mettront un an à vous refuser et vous adresseront peut-être une lettre circonstanciée et éclairante qui vous permettra de progresser pour les bouquins suivants, jusqu’à ce que vous parveniez enfin à décrocher le OUI qui fera vos délices. Si on vous accepte systématiquement, ça ne vous dira pas grand chose de vos potentialités, vous aurez peut-être l’impression d’être vraiment bon alors qu’en fait non, pas du tout, et vous ne ferez ensuite aucun effort pour vous améliorer.
Et en fin de compte, ce serait le défaut crucial d’un éditeur tel que Le Manuscrit. Il ne vous permettra jamais d’avoir un œil critique sur vos propres textes, et vous ne vous remettrez jamais en cause. À quoi bon, si la publication est assurée? Un tel mode de fonctionnement est une incitation à la médiocrité. Raison définitive pour éviter de s’y précipiter.
Mais rien ne vous empêche de tenter l’aventure si vous le désirez. A condition que vous soyez prêt à faire des sacrifices. De gros sacrifices. Dont celui de la qualité de votre œuvre. Et à côté, les 150€ que vous ne frôlerez sans doute jamais, en fin de compte, c’est presque rien.



Bonjour Jean-Christophe !
Encore merci pour tes conseils et je voulais aussi m’excuser de t’avoir fait remonter tous ces souvenirs. J’espère que ton article permettra à bien d’autres auteurs de chez Le Manuscrit de trouver satisfaction.
En ce qui me concerne, ma lettre de résiliation est prête, je m’attends à vivre des mois de patience et de ténacité mais je ne lâcherai rien ! Je vous tiendrai au courant par mail.
Bonne continuation !
Cet éditeur, et d’une manière générale tous ceux qui recrutent des auteurs dans les programme télé (Amalthée, il me semble, Persée, les éditions du Panthéon,… ect…) ne sont que des arnaqueur qui se font du blé sur le dos des auteurs amateurs. Si les refus des vrais maisons d’éditions vous frustre trop et que vous voulez voir tout de même votre histoire sous la forme d’un livre… theBookEdition à l’air pas mal… en tout cas, je sais par un amis qu’il n’y a pas de contrat foireux chez eux et qu’on ^ne leur cède en aucun cas les droits… Certes, il n’y a pas de diffusion, il faut se démerder par soi même…
Je confirme que TheBook Edition est une vraiment bonne solution. J’y ai d’ailleurs casé plusieurs de mes trucs… d’ailleurs il faudrait que je revoie tout ça.
On agit là non spécifiquement comme éditeur, mais comme intermédiaire pour l’impression (à la demande), pour la mise en vente sur le site, et pour le reversement des gains aux auteurs. Lesquels le sont tous les trimestres, même si le montant est dérisoire.
Pas de contrat foireux ici, tout se passe dans une sereine transparence. L’auteur fixe même le prix de son livre (le problème étant que certains abusent franchement).
TheBook Edition n’est pas un éditeur, il permet de publier: à soi de se démerder pour le reste (si on veut un bel ISBN il faudra entreprendre les démarches, pour inciter les amateurs à acheter il faudra cibler sa communication, etc.).
C’est de l’autoédition sans mise de fonds initiale, à soi de voir ensuite ce qu’on veut faire.
Au sujet de l’autoédition, justement, ce péremptoire jugement de Ludivine Cissé [http://www.sixlancesdixcibles.com/] (tombé sur le blog des éditions Léo Scheer). Je livre tel quel.
“L’autoédition, c’est les adolescentes qui enregistraient leurs miaulements cacophoniques sur cassette, dans les années 1980; c’est les matheux à pustules qui font de la techno sur Cubase en se rêvant torse nu sur un tribune d’Ibiza, oubliés la myopathie et les pieds incapables de battre la mesure; c’est les routiers obèses qui exposent leurs photos sur Flickr; c’est les collectionneurs de lettres de refus estampillées de Saint-Germain-des-Prés qui se font offrir l’impression luxueuse de leurs gribouillis sans âme par de vieux parents compatissants. L’autoédition, c’est la branlette du bonobo sur son arbre, l’anxiolytique du médiocre, la fausse solitude de l’ordinaire égotique.”
Ma conclusion, c’est que je suis un bonobo.
Bon, en bien, dans les bonobos, on est deux, trois, quinze et mille ! tiens, tu me donnes envie d’aller faire un tour sur le blog de Ludivine. Est-elle éditée Gallimard pour se permettre de tels péremptoires accents ?
Merci pour cet exposé , Jean-Christophe. Finalement, nous commençons à y voir plus clair, en mettant nos expériences en commun
Au sujet de Ludivine : <a href="http://michael.parienti.name/blog/tag/Ludivine Cissé
Son intervention chez Léo Scheer, c’est là. En troisième position.
Le blog de cette délicieuse personne, pour ce que j’ai pu voir, ne contient pas grand chose.
Peu importe qui se cache derrière Ludivine, de toute manière. La personne qui a délivré ce commentaire éclairé sur l’autoédition ne mérite que bien peu de respect. Et encore moins d’intérêt (aussi vais-je immédiatement penser à autre chose);
J’aurais envie de dire : “Pourquoi se passer de l’aide d’un éditeur, un bon, un vrai ?” Parce que les éditeurs ont refusé vos manuscrits ? Tant pis, essayez encore, allez au devant d’eux, ou améliorez le produit, mais ne baissez pas les bras. Parce qu’un éditeur vous prend tout et ne vous donne rien ? Mais de toute façon, sur quelques deux cents ventes en auto-édition (et encore, 200, pas facile) vous ne gagnerez pas grand chose. A part le plaisir de voir son livre en vrai. C’est déjà pas mal. Mais il peut y avoir une qualité de relation entre écriveur et éditeur qui fait passer loin derrière toutes les histoires de chiffre.
Certes, certes, “il peut y avoir une qualité de relation entre écriveur et éditeur qui fait passer loin derrière toutes les histoires de chiffre”.
Dans le cas présent, il n’y a de relation entre écriveur et éditeur que lorsqu’il s’agit de faire signer le contrat (quelle chance on a, quand même!). Et puis on passe au candidat suivant.
Un bon éditeur, un vrai, qui vous donnera des coups de pieds au cul pour vous pousser à perfectionner le texte, ça, c’est ce que je recherche.
Pas un simple publieur qui se cache sous une dénomination plus noble.
A un publieur qui vous fait signer un contrat d’édition “classique” et ensuite se moque bien du reste, il vaut mieux préférer l’autoédition.
A l’autoédition il vaut mieux préférer l’édition en vrai, avec tout ce que ça représente pour les parties concernées, notamment en terme de travail sur un manuscrit forcément à affiner.
Le tout est de dénicher l’éditeur avec lequel il fera bon travailler.
Mais la quête est longue et parfois infructueuse. Et on est toujours un peu impatient de montrer ce qu’on sait faire.
L’avantage avec des trucs comme theBookEdition… c’est que l’on peut l’utiliser “en attendant de…” voire même pour avoir déjà un truc à montrer aux éditeurs…
En attendant de, oui, mais pour montrer quelque chose aux éditeurs, je ne sais pas. Déjà qu’ils n’ont parfois pas tellement le temps de s’attarder sur nos bons tapuscrits formatés dans les règles de l’art et qui restent incontournables, on ne va pas leur en demander plus.
Brr, ça fait froid dans le dos. Et dire que je viens de commencer à envoyer mon manuscrit à des éditeurs…
C’est pour cela qu’il faut être extrêmement prudent et ne pas accepter n’importe quel contrat juste pour être publié… surtout il ne faut jamais aller chez des éditeurs recrutant sur programme télé…
Je crois que le magasine Lire édite un guide “comment se faire éditer” ou titre dans ce style, qui n’est pas trop mal fait et permet d’éviter les plus grosses arnaques.
Il y a quand même, heureusement, plein d’éditeurs auxquels on peut se fier. Plein de petits et moyens éditeurs qui valent vraiment le détour, qui parfois sont d’une extrême sévérité quant à leurs choix faute de pouvoir publier tout ce qui leur plaît, et qui poussent l’inconscience jusqu’à vous envoyer une lettre de refus motivée (et bien motivée).
Je viens de lire tout ça, vraiment édifiant… C’est pour ça que je m’intéresse plutôt à un site comme Lulu.com (américain mais en français), que je trouve bien fait, souple dans les options et pratique, puisque gratuit.
J’ai fait le test, téléchargé un corpus, composé un livre vite fait (A5, couverture noire en attendant une vraie illu, environ 200 pages). Il n’est pas disponible pour tous : juste en mémoire du système. Je l’ai commandé (en payant bien sûr) et vais recevoir la chose sous peu.
Cela me paraît bien plus intéressant qu’un éditeur qui joue sur la quantité de livres pour se payer au final. On maîtrise tout…
Je préfère TheBook Edition qui, malgré son nom, est français. Question de goût. Quel que soit le prestataire, on se voit ouverte la possibilité d’être son propre “éditeur” sans prendre de risques. On peut même s’offrir le luxe d’un numéro ISBN et, si le tirage le permet on peut tenter d’obtenir le dépôt légal. (Il faut être joueur: se munir d’un ISBN implique qu’on a décidé de se transformer en commercial pour que la diffusion ne soit pas trop confidentielle).
L’avantage de ce genre de formule et de l’auto-édition en général, c’est qu’on continue à tenir la barre.
Le désavantage, c’est qu’on peut laisser paraître un bouquin pas fini, pas assez retravaillé, voire même qui ne vaut pas un clou et qui servira à caler des armoires.
Très intéressant…
D’ailleurs, j’ai fait part de ma première expérience dans le milieu récemment (après 3 ans sans en parler): http://ladybirdisms.blogspirit.com/archive/2009/07/16/jo-ann-von-haff-gazelle.html
Ça m’apprendra ;-)
Bonjour à tous!
Personnellement, j’ai opté pour l’auto-édition et suis publiée chez TheBookEdition. Je suis réellement satisfaite par la liberté qu’offre cette plateforme, même si je continue à transmettre mes manuscrits auprès d’éditeurs traditionnels (mais mon pb est que pour éviter les arnaques, j’attaque les gros éditeurs qui possèdent une collection répondant à mon genre littéraire : le thriller).
Avec TheBookEdition, pas de contrat, une liberté totale qui nécessite effectivement “débrouillardise”, et pour ma part une centaine d’exemplaires vendus en 10 mois, ce qui pour le moment, me convient. J’ai eu la joie de participer au salon du livre de Paris 2009 sur le stand de TBE (eh oui! L’auto-édition a sa place dans les salons littéraires!), j’utilise des flyers pour ma promo, facebook, le bouche à oreille, et organise moi-même des séances de dédicaces. J’ai eu la chance de renconter des personnes qui me soutiennent et m’invitent à présenter mes livres lors de manifestation comme “Le Printemps des poètes”.
Je tiens à signaler que l’entraide entre auteurs est très courante sur TBE. Certains sont profs et proposent (gratuitement) leurs services de correction, d’autres sont plus enclins à créer les couvertures…Bref, TBE est une vraie communauté d’auteurs désireuse de faire valoir l’auto-édition.
Voilà pour ma petite expérience…
Vibrant plaidoyer pour TBE (où on peut trouver ma prose, d’ailleurs), qui est effectivement une sacrée plateforme d’autoédition.
Une toute petite remarque… Il y a beaucoup de petits éditeurs qui n’arnaquent pas, et chez lesquels, pour ne prendre que cet exemple, le thriller se porte bien. Pour tout dire, je pense qu’il ne faut surtout pas les négliger, surtout quand on voit le bon et beau travail qu’ils savent souvent faire. Ce serait dommage de passer à côté, ils ne méritent certainement pas qu’on les oublie!
Il existe un excellent guide des éditeurs, AUDACE”, édité par l’Oie Plate.
(www.loieplate.com) qui analyse les contrats et les pratiques de plus de 500 maisons d’édition française à compte d’éditeur comme à compte d’auteur. A découvrir avant de se lancer à l’aventure.
Le guide Audace est, il est vrai, une référence en la matière. Faudrait peut-être que je finisse par mettre le nez dedans.