Mon p’tit chantier

Dans la touffeur moite d'un soir d'été, il méditait sur l'échec de son essai jamais écrit: Du Bonheur bouddhiste considéré au travers d'une Théorie submétaphysique du Marxisme post-freudien. Son désarroi cruel l'amenait peu à peu à estimer qu'il devrait se reconvertir dans l'élevage de grenouilles naines, lorsqu'il trouva cette idée absurde. Il se décida alors à postuler pour réécrire des catalogues de vente par correspondance; là au moins son talent pourrait percer...
Dix pages d’un côté, vingt de l’autre. Les premières sont la partie la plus saine de l’amas des secondes. Je ne sais pas ce que je peux en faire, ce que je veux en faire, ce qu’il faut en faire. Alors je garde la version longue (ancienne) et la version courte qui aurait dû permettre… eh oui… mais, non.
Il y a un titre. C’est une manie chez moi, qui était bien plus grave il y a plusieurs années. Le titre d’abord, le texte ensuite. Vous voyez comme c’est ridicule? Parce qu’il arrivait souvent que je n’aie finalement même pas de texte. Bon, maintenant les titres viennent (tentent de venir) quand j’ai un peu avancé. Là ce sera[it] Tous les Regards du Monde. A condition que je ne reste pas comme un couillon devant mes pages à me tourner les pouces, ou à griffonner dans les marges. A condition que j’arrête de me dire que ma science-fiction qui retarde sera encore une fois aussi crédible qu’un, que, voilà quoi.
Le redémarrage est un peu dur. Deux semaines à ne pas toucher au brouillon, et me voilà rouillé. Donc, puisque j’ai du mal à m’y remettre et que je vois mal sous quel angle rattaquer (sic) la chose, je lis. Andreas Eschbach: Station solaire. Polar-SF, métissage surprenant et réussi. Pourrait faire un formidable film si le décor n’était pas un peu étriqué. J’ai l’impression qu’il a joué avec certaines conventions, ce qui n’ôte rien à son talent. Mais je préfère nettement Des Milliards de Tapis de Cheveux, qui nous emporte dans une toute autre dimension, poétique, visionnaire, prenante – alors que tout se fonde sur une idée, une seule, minuscule et cruellement absurde. Maintenant il me reste à sauter sur un recueil de Nathalie Salvi: En Quête. Je le réservais depuis plusieurs mois à de sylvestres séances de lecture, il me reste à trouver la clairière idéale. Impensable de lire dans les transports en commun, surtout que ces temps-ci le RER B est un autocuiseur bourré à mort qu’on laisse traîner des heures en plein soleil. (Je veux dire que chaque soir, il y a un incident différent qui fait que le train ne roule pas. Mais ça mériterait un billet entier gonflé d’exaspération pour que j’en parle, gardons ça pour une autre fois, quand j’en aurai vraiment assez que SNCF/RATP se paient la tête de leur clientèle).
Dur, donc, de se replonger corps et âme dans le vertige de la création littéraire. Si j’ajoute que l’atmosphère est plus que propice à provoquer des hébétudes, on comprendra que je sois pris d’une de ces molles humeurs qui me dissuadent de m’approcher de la muse (de jour on marine dans son jus, mais de nuit c’est encore pire et ronfler sereinement dans de telles conditions climatiques relève pour moi de l’exploit). Cependant, effort minimal consenti, j’ai ouvert une page spéciale visant à laisser possible le téléchargement d’Antò, puisque manifestement ailleurs j’aurais du mal à caser le machin. Ceci marque le début de la phase de “republication” en pdf de mes z’œuvres. Commencer par la fin n’est pas malin? Mais si, mais si… de toute façon je vais devoir y aller dans le désordre, alors…
D’autre part, considérant la petite taille des caractères apparaissant jusqu’alors ici, en bidouillant comme jadis avec Open Office* j’ai réussi à produire quelque chose qui semblerait être acceptable. Faudra voir ce que ça donne… (En fait, triturer le code html n’a rien donné, alors j’ai cherché une autre solution, qui permettrait aussi de rédiger mes brouillons). Bref, puisque la plume demeure coincée, il faut bien trouver quelque chose à faire.
Mais cet état de choses ne saurait, ou ne devrait, durer trop longtemps. Primo parce que ça me hérisse, secundo parce que ça me hérisse, tertio parce que… ben oui, ça me hérisse.
Il y a quelques semaines, alors que déjà je pataugeait lamentablement, Nathalie (voir plus haut) écrivait en commentaire:
Tu sais, je crois qu’il faut galérer pour arriver à pondre quelque chose de “satisfaisant”.
Et je pense que ce quelque chose nous vient presque naturellement. Après quoi, chaque relecture nous aide à le perfectionner.
Quand on ne le sent pas, c’est sans doute que ça n’ira pas.
Les rames sont à portée de main. C’est déjà une bonne chose.
Pour le reste, c’est encore à voir. Mais ne désespérons pas…
* Open Office, couplé avec PDFCreator, me permet de constituer des documents format livret A5 qui, après impression en recto-verso et agrafage là où il faut, feraient presque illusion. Très utile parfois. Très amusant aussi. Permet une économie de papier pas négligeable.

- Dans la touffeur moite d’un soir d’été, il méditait sur l’échec de son essai jamais écrit: Du Bonheur bouddhiste considéré au travers d’une Théorie submétaphysique du Marxisme post-freudien. Son désarroi cruel l’amenait peu à peu à estimer qu’il devrait se reconvertir dans l’élevage de grenouilles naines, lorsqu’il trouva cette idée absurde. Il se décida alors à postuler pour réécrire des catalogues de vente par correspondance; là au moins son talent pourrait percer…


Le titre d’abord, et pourquoi pas ? ;-)
Tu n’es pas ridicule, JC, et tu as une belle plume. Merci pour ce clin d’oeil, je ne m’y attendais pas.
Le titre d’abord, ça vous donne un petit air d’appel à texte. Ce qui est ridicule c’est de collectionner les titres sans aller plus loin.
Sinon, fichtre, le clin d’œil s’imposait!