4,22
Ma surprise fut fort grande de recevoir hier un courrier des éditions Le Manuscrit, où fut jadis publié Bazar des Anges, missive dont je reproduis la teneur ci-après:
«J’ai le plaisir à vous adresser sous ce pli un chèque à votre ordre d’un montant de 4.22 euros en règlement de vos droits d’auteurs pour les années 2007 et 2008. Nous vous rappelons qu’en cas de réédition la maquette reste la propriété du manuscrit et qu’un copyright première publication aux éditions Le Manuscrit-www.manuscrit.com- est obligatoire.
Cordialement,
Nicolas Philippe
Fondateur des Editions Le Manuscrit»
Je certifie que j’ai le plaisir à constater que, nonobstant certain terme d’un contrat résilié il y a dix-huit mois, qui stipulait que l’auteur ne toucherait ses sous que lorsque le montant aurait atteint la barre fatidique des 150€ (fatidique pour l’éditeur, cela va de soi), un petit revirement a été effectué en faveur d’un malheureux qui s’était résigné à ne jamais percevoir la dérisoire somme accumulée en droits d’auteur (4,22€ pour être précis, pour une pincée d’ouvrages vendus malgré tout en à peu près deux mois). J’ignore si cette bonne disposition de Nicolas Philippe concerne d’autres auteurs de la maison. Il faudrait que je me renseigne. D’ailleurs si toi aussi, lecteur qui fis partie de l’écurie (j’allais écrire: de l’élevage en batterie)*, tu as reçu un morceau de papier rectangulaire propice à faire ricaner ton banquier, fais donc part en commentaire de l’incongru surgissement dans ta boîte aux lettres de celui-ci.
Je me demande ce qui a motivé cette tardive restitution des droits d’auteurs. Soit Le Mansucrit se sent en faute (la réserve de 150€ étant abusive, rappelons-le), soit on y espère que l’auteur ainsi grassement rétribué saura cesser de critiquer une honorable maison. À quoi je ne me plierai point: tant que le contrat contiendra les clauses délicates: article 7.1 (sur le droit de préférence, qui n’est pas déterminé –du moins ne l’était-il pas dans mon contrat, ce qui la rendait d’emblée nulle et non avenue) et article 9 (report des droits sur l’année suivante jusqu’à atteindre les 150€, qui fait grincer des dents, c’est peu dire, et est contestable).
Je devrais faire remarquer à M. Nicolas Philippe (qui a certes signé, mais n’a vraisemblablement pas lu la lettre) que la période durant laquelle j’étais chez Le Manuscrit se situe entre septembre 2006 et mars 2007. La remise des comptes (et donc du chèque) aurait donc dû avoir lieu en août 2007. Mais on n’est plus à ça près…
Ensuite, concernant la propriété de la maquette, je m’en fiche bien, puisque le texte a été remanié.
Enfin, concernant la mention obligatoire «première publications aux éditions Le Manuscrit», elle risque fort de ne jamais apparaître nulle part. Non que je ne tenterai pas de trouver un nouveau havre à ma novella: mais je présume que ce n’est pas de sitôt que je recevrai une réponse positive.
Maintenant, je peux toujours prendre la défense du système des éditions qui impriment à la demande. Économiquement, ça se justifie sans doute. Pas de stocks, c’est toujours des frais en moins (donc du bénéfice en plus). Inutile d’avoir un vaste local (coûteux) où s’empileront les invendus (ou invendables). On en finit ainsi avec la pratique du «pilon», donc avec un gaspillage de papier, ce qui est un incontestable avantage, sinon l’avantage que je préfère…
Partant de là, des maisons fonctionnant ainsi seraient à remercier si:
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leurs contrats n’étaient pas aussi défectueux,
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ils faisaient un véritable travail d’éditeur, nécessitant au minimum
a) une sélection (pas forcément drastique à outrance, mais toutefois sévère) des oeuvres publiées
b) un contact suivi avec les auteurs visant à leur arracher corrections et révisions nécessaires, puis le moment venu un effort de saine promotion de l’ouvrage enfin en état.
Or, la politique de ces éditeurs consiste avant tout à obtenir un catalogue interminable, et à ne se préoccuper que très peu du reste (sauf coup de chance, permettant un léger effort promotionnel).
A charge pour l’auteur de corriger son oeuvre, ce pour quoi il n’est pas nécessairement doué. Passe encore pour les corrections orthographiques, grammaticales. Mais un livre, même moultes fois retravaillé, aura sans doute besoin de petites refontes ici et là. Si l’éditeur ne lui consacre pas un peu de temps, inutile d’espérer des miracles. Certes on peut accoucher dans son coin, mais une sage-femme est souvent préférable.
A charge pour l’auteur, ensuite, de vendre et faire vendre, obligation pourtant dévolue à l’éditeur. Celui-ci faisant le minimum, la promotion, voire la vente, sera effectuée par un auteur incompétent dans ces deux domaines. Il prendra à sa charge l’acquisition d’une pile d’exemplaires qu’il promènera de salon en salon, et tentera vainement d’intéresser le libraire du quartier (un fan de Houellebecq: voir débarquer Truc avec son roman épistolaire décalqué de Côte Ouest, où pullulent les fautes d’accord et, les virgules placées, n’importe comment, ne le mettra pas dans de bonnes dispositions; il consentira peut-être du bout des lèvres à avoir cinq exemplaires «en dépôt» qui moisiront pendant des mois dans un recoin sombre).
Un éditeur a des obligations. Qu’il s’y soustraie, libre à lui. Mais alors il ne faut pas espérer une relation de confiance entre lui et ses auteurs. Surtout si les deux piliers essentiels du travail éditorial sont tout bonnement escamotés.
Tant qu’à faire, s’il faut vraiment se charger des corrections, révisions, refontes, perplexités et irritations, puis de la mise en page, de la promotion, de la vente, autant se passer d’un éditeur. Il vaut mieux s’auto-éditer, ce qui est même possible à coût nul grâce par exemple à TheBook Editions.
Pour résumer: quitte à céder ses droits à un éditeur auprès de qui vous vous sentirez mal à l’aise et contre qui les griefs ne cesseront d’augmenter, mieux vaut prendre en main sa publication. C’est sans doute pénible, peut-être voué au même succès. Du moins pourra-t-on bientôt affirmer:
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qu’on sait mettre en page
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qu’on sait draguer dans les salons du livre
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qu’on connaît les Lois, Règlements et autres documents précieux permettant de s’en sortir (pratique courante du Code de la Propriété Intellectuelle, maîtrise des ficelles permettant de garder l’intégralité de ses sous**)
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qu’on a acquis une bonne dose d’humilité en constatant qu’on ne sera jamais ni riche ni célèbre, et surtout pas les deux en même temps.
Le plus grand danger de l’opération est qu’on perdra bien du temps en formalités diverses et en activités péri-littéraires qui mettront à mal le temps consacré à produire de nouvelles merveilles. Et franchement, pour ma part, je préfère écrire***. Aussi ma présence sur TheBook Editions restera-t-elle anecdotique, et me concentrerai-je sur la disponibilité (gratuite) de mes textes au sein d’Alexandrie Online. Jusqu’au moment où j’aurai changé d’avis. Ou jusqu’au moment où j’aurai réussi à séduire un véritable éditeur. Mais là, j’ai largement le temps de voir venir.
PS: En parlant de séduire un éditeur, j’avais soumis, il y a pas mal de temps, le recueil de nouvelles Presque Rien à la maison « Les nouveaux Auteurs », mais par malchance (?) ils n’ont pas retenu ma candidature pour la phase préalable de passage par le “comité de lecture” que constitue une légion de lecteurs avides. J’avais de toute façon peu de chances d’être retenu, les prétendants se bousculant pour entrer. Fort bien: j’irai donc voir ailleurs! Ce n’est certes pas un refus qui va me décourager. Et puis c’était un recueil de nouvelles, genre qui rappelons-le n’est que peu prisé – du mois chez les éditeurs, qui préfèrent du bon gros roman. Ou alors ce n’était vraiment pas assez bon. (Mais… puisque c’est de la nouvelle, tiens, et si pour l’une ou l’autre je m’intéressais aux éditions Filaplomb?)

* Cette formulation n’étant pas exclusive, bien d’autres éditeurs étant concernés.
** Pour la TVA c’est facile. Voir ici.
*** Sauf que je certifierai pas produire de chefs d’oeuvre. Loin de là. Disons, de pas trop mauvais livres…


voilà, c’est juste un commenyaire pour te dire que j’apprécie bezaucoup ton blog ;)