De Bagatelles en Billevesées
Il ne suffit pas d’aller entendre glapir le renard, se réjouir le sanglier, cavaler le chevreuil, et d’observer avec quelle application une martre tente d’attraper de quoi croûter. Il ne suffit pas de constater au bout d’une trentaine d’heures de pluie ininterrompue que si l’on est à peu près étanche, les chaussures elles ne le sont pas mais feraient toutefois de mauvais aquariums. Il ne suffit pas de rentrer chez soi dans la trop grande ville en passant quelques jours à songer que décidément, ce genre d’environnement ne pousse pas à faire grand chose, au contraire (même se fendre d’un petit billet est difficile, tant on a soudain plus envie de rien).
Tout de même. Il y a du boulot qui m’attend. La seconde partie de je ne sais plus quel roman à écrire. (Les vacances sont parfois propices à l’amnésie sélective). Une nouvelle pour un concours. Dans les deux cas on a des idées, assez bien dessinées pour le roman, encore en fouillis pour la nouvelle même si la concernant on commence à entrevoir une piste très intéressante. Le roman peut attendre. De toute façon, il traîne depuis le mois de mai, et j’ai déjà souvent répété (sic) que je serais prêt à m’y attaquer vers la fin de l’automne, sans doute pas avant. La nouvelle est soumise à délai: j’ai un mois. Me connaissant, je vais passer trois semaines à ébaucher, réfléchir, gribouiller, avant de laisser tomber ce que j’étais en train d’écrire pour me lancer sur une voie opposée. Il n’y a que quand la marge d’action devient fort étroite que je trouve les ressources nécessaires pour foncer. Il faut espérer que je ne me réveillerai pas deux jours avant la clôture, ce serait trop bête. Ou alors, il serait peut-être préférable de ne pas y penser jusqu’au moment où je songerai que, mince, il va être trop tard.
Il y a aussi quelque autre activité bien prenante à mener tambour battant, qui nécessite de toute manière la mise au second plan du roman susmentionné: l’acquisition d’une langue étrangère des plus ensoleillée, afin d’effectuer un périple en une lointaine contrée sans passer pour un salopard de Yankee (et recevoir l’accueil correspondant).
Postulant que d’ici décembre je n’aurai le temps que de bâcler une dizaine de pages, si j’ai assez de souffle pour ça, je me vois contraint à envisager quelques exercices qui me permettront de ne pas laisser la machine se gripper trop. A l’instar de la pratique des instruments de musique, moins on écrit moins bien on écrit (ce qui ne veut pas dire que plus on écrit, mieux on écrit; on a juste quelques chances de progresser, ce qui n’est jamais gagné, mais du moins avec l’assurance de ne pas régresser). Il faut donc que je trouve quelques sujets qui permettront à ma plume de ne pas périr d’inanition. Et écrire au pire une seule page par jour. Ce qui fait peu, mais devrait suffire. On ne peut pas tout faire.
Me voici envisageant une période de bagatelles et billevesées dont je compte retirer au moins ce constat: je sais encore manier le crayon, tirer des phrases permettant de remplir deux pages manuscrites (A4), soit quelque chose comme 1500 caractères. Minimum syndical absolu. Faire moins serait vain. Faire plus serait difficile.
J’ignore ce que je produirai durant les semaines à venir. Mais je me suis promis que quelques billets viendront se déposer ici, fruits de ce maniement quotidien de la prose.

Je me permets maintenant, car que diable il le faut bien, de mentionner la « parution » de Bazar des Anges sur Alexandrie Online. Le téléchargement est gratuit, le plus gros effort à fournir étant de manier correctement la souris. Je sais que la plupart d’entre nous savent comment manipuler ce délicat objet. Il suffit parfois de cliquer au bon endroit pour obtenir des résultats surprenants. Ainsi, il peut advenir qu’un fichier pdf soit téléchargé, lequel recelant (quelle surprise!) une centaine de pages de prose. Que je vous invite à découvrir, sinon à quoi bon ces quelques lignes?
Voici la quatrième de couverture que j’ai concocté dans mon coin, dont la sobre concision en dit suffisamment, mais peut-être pas de la bonne façon. Je n’ai jamais été doué pour remplir le dos de mes bouquins.
Admettons qu’un ange vous mette le grappin dessus. Mais doucement. En s’y reprenant à plusieurs reprises. Pourrez-vous être vraiment sûr qu’il ne veut que de l’aide dans sa lutte contre les démons? Vous a-t-il sincèrement choisi pour vos qualités, ou aurait-il en tête d’autres projets vous concernant? À votre avis?
Première “novella”, et première incursion dans la littérature fantastique, Bazar des Anges fut écrit entre 2003 et 2005. Il se vit ensuite malencontreusement publier chez Manuscrit.com avant d’en être extirpé avec célérité. On ne devrait jamais sauter sur le premier éditeur venu, surtout lorsqu’il accepte sans hésiter un mauvais texte. (De fait il se contentait de m’accueillir au sein de son catalogue, ce qui représentait de sa part un énorme investissement en temps et en argent). Cette précédente mouture souffrait donc de nombreuses imperfections; mais j’en avais déjà éliminé beaucoup de la version initiale. L’actuelle devrait présenter encore moins de déficiences et incongruités (à moins que je n’en ai rajouté durant les corrections…).
A mes yeux, le plus gros défaut réside dans une certaine problématique dont j’étais presque coutumier à l’époque (voir L’Etoile des Chiens et certaines nouvelles de Presque Rien). J’en suis sorti depuis, trop heureux d’échapper à une “manie” qui en son temps pouvait se justifier mais plus maintenant: j’ai passé largement outre certaines préoccupations, même si je peux parfois m’amuser à les effleurer l’air de rien. Mais je n’en dirai pas plus: pour comprendre il faut au moins survoler l’ouvrage…
Je dois remercier infiniment Céline, du collectif Cocyclics ( http://cocyclics.org/ ), qui m’a guidé durant le travail de relecture et réécriture. Ainsi aurons nous réussi à éclaircir certains passages et à ne pas en assombrir d’autres… Face à son œuvre l’auteur sait facilement être aveugle: sans ce regard extérieur et aiguisé, je n’aurais sans doute jamais discerné les défauts intrinsèques du texte.
Pour le reste… ce n’est pas du fantastique “sérieux”, d’où que j’aie autrefois placé le sous-titre fantaisie romanesque que j’ai omis dans la présente version pour des raisons obscures ou une coupable négligence… L’optique était de n’être point grave et de conserver une légèreté de bon aloi. En somme, de fournir une lecture agréable.
Réussi, ou pas? Allez savoir: moi je n’en suis plus capable depuis longtemps!
En tout cas, voici la plus ancienne fiction “longue” que j’aurai mis à disposition sur Alexandrie: elle a les défauts et les charmes d’une première fois. J’ose toutefois espérer: plus de charmes que de défauts…

