Au cube, hésitation*

2008 juillet 9
by Jean-Christophe Heckers

* [Ce titre ne signifiant rien, ne cherchez pas plus loin à savoir ce qu'il cache.]

Je serai quand même parvenu à la moitié de mon premier chapitre. Rien ne sert sans doute de s’autocongratuler pour si peu de choses, mais j’ai quand même eu le désir de me féliciter avec fougue en parvenant au bas d’un paragraphe concluant la première section. Rien que ces deux pages quasi préliminaires m’auront tenu en respect bien assez longtemps pour que je ne leur en tienne pas grief. Toutefois, après une malheureuse hésitation, j’ai rajouté une ligne en début de texte, ai placé l’astérique séparateur à la suivante, suis revenu en arrière pour inscrire ces quelques mots amers: «Une autre introduction?». Je me serais flanqué des baffes.

Malgré un temps plus frais (ce qui m’enchante à un point qu’on imaginera difficilement), j’avance encore à reculons. Les choses se mettent en place avec une telle lenteur que je soupire souvent devant la page, et c’est pire lorsque je me rends compte que, dans cet introduction à la seconde partie d’Antò, j’ai carrément oublié de mentionner le sort réservé aux parents du narrateur (lequel a fini par rentrer chez maman pour y trouver un peu de désordre). Fichtre, c’est que je ne sais trop s’il faut ou pas les introduire dans l’histoire. Mon sentiment actuel est que je ferais aussi bien de les escamoter, quitte à ce qu’on leur tombe dessus plus tard, bien qu’il y ait déjà beaucoup trop de personnages qui se soient déjà évaporés, et non des moindres. Les porter définitivement disparus, alors? J’y songe. Ou du moins les rendre si lointains qu’on ne risque pas de les croiser quelque part. C’est qu’il y a eu déjà assez de morts comme ça, je ne vais pas faire de ce (futur) roman1 une nécropole.

Même si je sais qu’à un certain moment, ça devrait se castagner ferme. Ce qui ne m’amuse pas du tout. A tel point que l’idée d’écrire un passage violent (avec du sang partout et des râles d’agonie) me fait envisager moult subterfuges pour passer à côté. Si ce passage peut être évité, ou transformé, je ne me priverai pas de passer outre les modes actuelles qui réclament grands tumultes et torrides scènes à l’érotisme douteux. Deux exercices desquels je tente depuis longtemps de me préserver, les trouvant souvent d’un tel inutile qu’ils ne me viennent d’ailleurs pas trop à l’esprit.

La fesse? Parlons-en, toutefois. Chez moi l’érotisme culmine dans le tripotage de genou (sous la table). Je ne suis pas encore allé beaucoup plus loin que dans l’évocation de l’amorce d’un déshabillage. D’ailleurs, si de libidineux épanchements ne trouvent aucune justification, à quoi bon? Certes il y en aurait une, relevée plus haut: le cul est à la mode et fait vendre ou, à défaut, attire le curieux. C’est pourquoi je devrais émailler mes bavardages de termes choisis propices à prendre au piège des lecteurs avides de voir à l’écran bretelles de soutien-gorge, ou chemises détrempées laissant tout voir. Tiens, rien que pour voir, lançons quelques termes propices à attiser la concupiscence:

hélicoptère, nichon, yaourt, xylophone, fesse, têtard, cumulus, string, cube, framboise, chocolat, caramel, j’arrête ça m’excite.

La sélection n’est peut-être pas très pertinente, qu’importe! À son examen, je devine que je suis loin de pouvoir rivaliser avec les plus grands noms de la littérature qui eux savent froisser des draps rendus moites (sic) par des ébats passionnés. Je me contenterai donc de revenir à de sages préoccupations, en me plaignant que l’intégrale Chostakovitch par Kondrachine souffre autant de prises de son parfois à la limite de l’insupportable (parfois même les bandes d’origine n’ont pas tenu le choc des ans).

Ouais. Et la prochaine fois, je ne vous raconterai pas pourquoi j’hésite entre stylo bille et porte-mine, parce que ça n’intéressera personne. Encore moins que ces quelques lignes. C’est dire!

1J’apprécie tant le joli terme de novella que je suis tout désemparé à l’idée qu’en augmentant substantiellement l’ouvrage, je me verrai dans la douloureuse obligation d’en changer la dénomination. Roman, ça vous a un je-ne-sais-quoi de pompeux et de prétentieux. Ça vous évoque tout de suite Balzac ou Zola. Voire Bernard Werber ou Houellebecq.

Aucun commentaire pour le moment

Laisser un commentaire

Note: You can use basic XHTML in your comments. Your email address will never be published.

Souscrivez aux commentaires par l'intermédiaire du flux de RSS