Une réponse

2008 avril 26
by Jean-Christophe Heckers

En commentaire, vaihal tao me laisse ce message :

«je suis particulièrement intéressé par l’ecriture et je souhaiterai bien avoir un ecrivain pour m’aider à mettre mes idées en forme pourrais avoir de l’aide de votre côté ou passer par vous pour contacter cet ecrivain?»

Comme ma réponse devenait longuette, mieux valait en faire carrément un billet. Le voici donc.

À cette question, je devrais n’apporter qu’une réponse: écrivez!

D’abord, si vous êtes réellement intéressé par l’écriture, avoir un écrivain sous la main ne sera pas d’un grand secours. Certes il pourra vous aider à structurer vos idées, du moins à vous donner des pistes pour le faire. Mais se fier à la parole d’un seul n’est pas forcément une solution pertinente. Chacun a ses façons de faire, vous risqueriez d’être déçu, parce que vous avez forcément une certaine conception, encore dans l’oeuf, de la manière de procéder. Si vous demandez à quelqu’un d’autre son avis, vous serez engagé dans une voie qui pourrait vous échapper. Vos idées doivent se développer selon vos propres vues.

Personnellement, je ne suis pas fort en mise en forme d’idées. Les miennes germent, et prennent leur temps avant de pousser une première feuille. C’est à ce moment que je peux prendre le stylo ou me mettre au clavier, car tout se met en place sans que j’aie rien ébauché auparavant. Il faut que je commence un brouillon pour que les idées aient la bonne initiative de se choisir un ordre adéquat. Généralement, c’est seulement lors de l’écriture de la première page que je sais où je veux en venir.

Parfois, le développement m’échappe en cours de route. Mon premier roman m’a échappé deux fois, préférant de lui-même changer de direction. C’était risqué, mais je m’en suis honorablement sorti (même s’il m’arrive encore de grimacer à cette évocation). Comme je n’ai jamais été fichu de faire un plan, de brosser à grands traits une intrigue, je n’ai d’ailleurs que cette solution: laisser venir les choses, mais en taillant les pousses quand c’est nécessaire. Il arrive que mes écrits se comportent comme des fraisiers, et sij’ai du mal à couper toutes les idées qui partent coloniser l’univers dans tous les sens, j’essaie quand même de conserver en tête que je veux progresser jusqu’à cette fin-ci et pas vers celle-là (pourtant, elle serait peut-être meilleure).

D’autres savent utiliser tous les moyens à disposition pour préparer leur écriture. Ils élaborent un synopsis, utilisent des fiches (personnages, lieux, etc.). Comme je n’arrive pas à m’y faire, et que je sais que je ne me tiendrai jamais aux plans prévus, je préfère négliger ce genre d’outil. (Pour voir un peu comment je procède, voir le billet «Le Pays des Kangourous», assez parlant je trouve pour ce qui me concerne.)

Il n’y a pas de recette. D’autant que les règles qu’on utilise pour soi-même peuvent changer en fonction des besoins. Une nouvelle ne s’écrit pas comme un roman. Et si le roman doit avoir une suite (ou plusieurs), ça change encore la donne. (Comme je ne me suis jamais lancé dans le euh… multivolumes… je ne sais pas encore comment je fonctionnerais; mais je vais bien le découvrir puisque Antò, le petit dernier, va se voir augmenter d’une seconde partie, qui elle-même pourrait déboucher sur une troisième voilà ce que c’est d’avoir son texte en tête en se disant qu’on pourrait pousser encore jusque là, et après jusque là aussi, oui, ce serait bien.)*

Donc, mon conseil qui n’en est pas un: ne demandez pas leur avis aux autres. Lancez-vous. Écrivez. De toute façon il faut bien commencer un jour, sans se réfugier derrière des paravents. Vous avez des idées? Parfait, lancez-les sur le papier. N’attendez pas qu’on vous dise comment faire. Vous le découvrirez vous-même. Bien sûr, ce ne sera pas facile. Les débuts sont tâtonnants. On ne sait pas par quel bout prendre son inspiration. On débute aussi sans avoir de style, ou en empruntant celui d’un des littérateurs qu’on aime trop. Peu importe, le style propre se dégagera à force d’écriture. On a du mal à organiser ses histoires, à avoir des personnages crédibles, cohérents, distincts entre eux, à laisser clairement voir à quoi ressemblent les lieux décrits. C’est inévitable. De même, les réactions des premiers lecteurs manqueront sans doute d’enthousiasme. Voilà qui nous fait tout un lot de difficultés à surmonter. La seule consigne est de ne pas renoncer. Le premier texte ne sera pas aussi bon que le second. Le quatrième commencera à ressembler à quelque chose. Et enfin, après moults efforts, viendra la satisfaction d’avoir écrit quelque chose dont on pourra être satisfait (ceci dit, il faut éviter la fierté autosatisfaite, qui ne sert pas à grand chose).

Ce ne sera que le commencement. Tout restera encore à faire. Ecrire demande du temps, savoir écrire encore plus. Toute une vie, et ce n’est même pas assez. Il faut garder la foi. Et quand on ne s’en sort pas, il faut se replonger dans les livres. Pas forcément les doctes ouvrages qui veulent vous apprendre à écrire comme il faut. Non. Lire des romans, des nouvelles, et en pagaille, est infiniment plus profitable que demander son avis à Untel, auteur chez les éditions Truc.

Enfin… vous voyez ce que je veux dire: foncez, foncez, foncez. Le reste suivra, si vraiment ça doit suivre.

* Et comme on me demande avec une certaine insistance la suite, je ne peux plus que succomber, n’est-ce pas?

Une réponse leave one →
  1. 2008 avril 26

    Ben oui, forcément, maintenant t’es obligé d’écrire la suite ^^ Et ça t’embête beaucoup, hein ? (à part ça, des nouvelles pour les Imaginales ? Ils ont accepté tes jours de congé ou toujours pas ?)

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