Le premier jet d’Antò est donc achevé depuis mardi soir, après 99 jours. Pile.
Après avoir tâtonné, supprimé, remplacé, et finalement approuvé (avec réserve) les dernières pages, qui auront été les plus pénibles, j’ai mis un point final à la version préalable. Il a encore fallu rendre la chose assez lisible pour être présentée, et elle devrait l’être sur Alexandrie Online d’ici deux ou trois jours (mais je réserve cette version aux seuls membres; l’inscription étant gratuite, si vous êtes intéressés, vous saurez ce qui vous restera à faire).. La couverture est prête (Stalker [1] sera peut-être de mon avis: elle a moins que les précédentes le côté «On croirait qu’il s’agit de Dorothée ayant été initiée en une leçon aux subtilités de Photoshop, c’est beau…» (citation extraite avec précaution de cet endroit-là), la quatrième de couverture aussi. Je ne parle pas de la mise en page, prévue pour économiser le papier mais aussi pour être pénible aux imprimantes.
Parvenu au terme de la rédaction de cet opuscule, je me demande toujours si l’histoire tient le coup, si la fin n’est pas largement à côté de la plaque, et si le style vaut quelque chose. (Un Stalker rétorquerait par un «non, oui et non» cinglants, enrobés d’une phraséologie à la limite de l’insupportable pour le pékin moyen; je le lui pardonnerais, il a su me faire rire –quoique désormais, beaucoup moins, mais il est loin, très loin d’être le seul). C’est là qu’entre en jeu la période de repos, la mise en cave, l’oubli précaire: durant quelques jours j’ai tout intérêt à penser à autre chose. Et pas forcément à l’écriture, même si une idée d’histoire est venue me chatouiller lorsque j’ai découvert qu’un moustique (sorti d’où? en cette saison?) hantait ma chambre. Je n’en dirai pas plus, car je sens que cette idée, tout à fait plaisante, pourrait être vraiment transformée en nouvelle, et je n’aurais pas trop envie qu’on me la fauche.
Antò m’est venu en Catalogne espagnole, alors que pénétrant dans le parc naturel de Montseny par le petit village de El Figaro je me suis retrouvé sur un sentier certes balisé, mais qui se perdait soudain. J’escomptais aller jusqu’au fond de la vallée, remonter sur une crête, et faisant une boucle redescendre en ayant contemplé les sommets. Que Diable! C’était bien peu demander, pourtant je n’ai jamais pu atteindre cette fichue crête. Le chemin montait et descendait, virait quand ça lui chantait, et alors que j’avais bien l’impression de m’élever, en fait je redescendais peu à peu. Lorsque j’ai trouvé une bifurcation, je me suis engagé dans une direction qui semblait plus propice. Tiens donc, la belle illusion! En vérité, j’ai contourné tout ce qui pouvait l’être, et suis tombé dans une autre vallée d’où il était à craindre que je ne me sortirais pas si je persistais à y pénétrer. De guerre lasse, trouvant derechef une bifurcation, je me mis à regrimper, dans un chemin abandonné depuis belle lurette, où il fallait se frayer un passage parmi les ronces, poursuivi par des volatiles courroucés. Je réussis toutefois à retomber sur mon point de départ. Et lorsque je repris le train vers Barcelone j’avais, issu des malheureuses périgrinations de la journée, le germe d’Antò. Voilà comment on se retrouve plus de quatre mois plus tard, un peu étonné, avec une poignée de pages bizarres.
Le titre devait au départ être Feuillets du Crépuscule. Mais c’était si fade que j’ai pris le parti de choisir plus concis et moins parlant. De sorte que, au vu de la couverture, on ne saura pas à quoi on a affaire. Mais, au vu de l’intérieur, je me demande malgré tout encore de quoi il peut bien s’agir. Fantasy? Certes non. Il y a une pointe de légendaire dans tout ça, mais je n’irai pas caractériser mieux cet opus, car je ne sais pas encore qu’en penser. Sauf que je suis assez heureux d’en être provisoirement débarrassé : étrangement, j’étais poussé à n’écouter que Dead Can Dance ou Lisa Gerrard, et je peux assurer qu’à la longue… ça fatigue. Maintenant je me tape Eduard Tubin (symphonie N°2 «Légendaire », parce que c’est un sacré bon morceau [2]) et je m’offre du Godspeed You Black Emperor parce que j’adore ça.
Et le reste ? Bah, on va dire que je ne vais pas faire grand chose durant les jours à venir, sauf peut-être relire avec mépris mon antique novella Bazar des Anges dont la correction agonise (je dois dire que je ne m’en préoccupe pas beaucoup non plus). Mais surtout, je vais découvrir une toute nouvelle bibliothèque près de chez moi. Ouverte même le dimanche: pensez donc si je suis ravi. Ah! Tiens, pour un peu, j’espérerais presque que la fin de semaine soit pluvieuse, pour y passer une bonne partie du jour du Seigneur…

[1] On en pensera ce qu’on veut, il a le mérite de n’être absolument pas tiède, et c’est un euphémisme. Ce qui ne veut pas dire que j’apprécie: je constate qu’il existe, surtout.
[2] Et puis comme ça je reste un peu dans l’ambiance.




0 Réponses vers “99”
Laisser un commentaire