Tradition annuelle, me voilà dans la période “tiens, une insomnie”. C’est devenu récurrent, donc c’est une tradition: depuis trois ans au moins, en plein milieu de l’hiver je m’offre des nuits raccourcies. J’arrive bien à m’endormir, mais entre cinq et six heures du matin, je suis assuré d’avoir l’œil ouvert. Pénible? C’est un euphémisme. J’essaie de me convaincre de replonger vers la Terre des Rêves en Couleur, mais en pure perte. Sauf vers sept heures. Là, soudain je parviens à retrouver le sommeil, mais bien entendu ce n’est pas le moment, ce que me rappelle la radio qui s’empresse de me tirer de ma torpeur pour m’informer que le monde est toujours pourri, et me voilà pour une bonne partie de la journée aussi frais qu’un poisson de l’an… et par conséquent condamné à la navigation au sonar.
Ceci serait contrariant si j’étais en pleine phase créatrice dégoulinante de mots. Par bonheur, cette année je n’ai plus de bouquin en cours, puisque j’ai réussi à terminer ma novella avant que la catastrophe ne se produise. Remarquez, les deux dernières années, ça ne m’avait pas empêché d’accumuler les pages de L’Etoile des Chiens ou de Vous Autres: mais ça n’avait certainement pas assuré la qualité de celles-ci -ce qui avait peu d’importance puisque ce n’étaient point romans de haute tenue.
La novella, tiens, revenons-y. Juste un instant. Atteinte la conclusion du premier jet, je me suis reposé juste le temps d’avoir les doigts qui me démangent, puis j’ai entamé les corrections, qui ont parfois été un tantinet efficaces. Jusqu’au moment où j’ai senti que je pourrais en présenter une version préliminaire, débarrassée de certaines saletés. Mais je me suis rétracté depuis. Antò attendra sa mise en ligne le temps qu’il faudra, tant que certaine réponse à son sujet ne me sera point parvenue (la tournure de cette phrase pourrait suggérer quelque chose de tragique: en effet, j’ai soumis ce modeste volume à un éditeur -un seul pour commencer- et tant que nul refus ne m’aura été notifié, je garderai le tapuscrit au secret).
Bon. A force d’en parler à tort et à travers, j’avais peut-être fini par intéresser quelqu’un à sa future lecture: désolé, il faudra encore patienter. Mais on peut toujours se rabattre sur le reste (même sur du poème, si vraiment on y tient). Sauf que, concernant par exemple le recueil de nouvelles Presque Rien, j’ai comme l’envie de le découper en deux tranches “thématisées”, et surtout que je m’en vais balancer les textes isolément à droite ou à gauche, la publication d’un recueil étant de toute façon une cause perdue en France (allez donc savoir pourquoi on préfère les pavés de dix-mille pages!).
Mais ce genre d’idée, que j’aurais dû juger absurde, ne relèverait-elle pas d’un dysfonctionnement cérébral causé par les insomnies susmentionnées? C’est à voir. Néanmoins, il me semble que j’ai tout intérêt à tenter d’éparpiller mes textes aux quatre vents: car manifestement il n’y a plus que ça qui fonctionne, quand on produit du court.
Ce qui me suggère que j’aurais tout intérêt à me faire à l’idée que le prochain roman aura tout intérêt à dépasser les 450000 signes, soit… trois-cent pages. L’horreur. C’est que je n’arriverai jamais à tenir une telle distance, moi! Ou alors, dopé au chocolat noir à 99%.
Tiens, si j’essayais?




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