“Ah! Nous voilà proche de la fin!” allais-je m’exclamer en reposant le tapuscrit d’Antò, quand le téléphone s’est mis à me vriller les tympans comme une cornemuse hystérique. C’était cette chère Priscilla, revenue d’un stage Analyse de la présence de métaux lourds en eaux profondes dans une université brésilienne proche d’une plage pa-ra-di-si-aque. Tous frais payés par son “Mon chou, entendis-je, je m’inquiétais de ne plus avoir de tes nouvelles. C’est bien gentil de m’avoir collée dans ton dernier roman, mais tu pourrais appeler de temps en temps.”
J’aurais bien aimé lui répondre que c’était dur de la joindre (matin : une heure de formation, puis pause sur la plage; midi: buffet à volonté suivi d’une sieste à côté de la piscine; après-midi: une heure de formation, puis pause sur la plage; soirée: clubbing jusqu’à des heures pas possibles -alors comment voulez-vous qu’elle décroche un quelconque téléphone, même portable puisque dans ce dernier cas ça se porte difficilement lorsqu’on est seulement revêtu d’un string?). Elle ne m’en a pas laissé le temps et a poussé un soupir languissant avant de se lancer dans la critique de mes dernières pages. Lesquelles consistaient à se plaindre qu’elle n’y figurait pas.
“Une prochaine fois, me suis-je entendu promettre sans y penser avant de m’en mordre les doigts.
- Magnifique! Je t’adore!
- Du calme, Priscilla. A part ça, qu’est-ce que tu penses de ma prose?
- Bof, tu sais, moi, ces histoires mi-fantastiques mi-allégoriques…”
Ne voyant pas trop où était l’allégorique (quand j’écris, je suis distrait, et ne vois pas forcément les implications de ce que je plumitive), j’ai évité d’insister.
“J’en suis à 95%.”
Tout fier. Elle rigole.
“Préviens-moi quand tu auras terminé, j’aimerais bien étriper ta littérature encore une fois. Et puis en parlant de 95%, souviens-toi de Brassens.
- Qu’est-ce que tu veux dire?
- J’adapte : quatre-vingt-quinze fois sur cent, la femme s’emmerde en lisant.
- Parle pour toi.
- Ben tiens. A ton avis, pourquoi on se tape du Voiça ou du Gali? Parce qu’il y a plein d’images et qu’on ne se fatigue pas avec des phrases tarabiscotées. Voilà pourquoi. Alors tes bouquins…”
J’ai raccroché aussi sec. Non mais. Faut pas me chercher.
Dire qu’en composant mon personnage de Nevia, je pensais un peu à elle.
Oui, mais il y a une différence.
Nevia, elle a quand même pas mal de classe.
Sur quoi, j’ai repris le tapuscrit, avec une de ces rages…



On dirait la même que Femme au foyer (aperçu de concert)…
Par Z. le Jeudi 7 février 2008
à 3:02
mon dieu, une chance qu’il y a encore 5% des femmes qui sont capables d’un peu de jugement et de curiosité, en fait j’ose croire qu’il y en a plus que cela, sinon ca me décourage ;)
En passant j’aime beacoup votre site
Audrey
Par lepapillonbleu le Samedi 9 février 2008
à 1:12
@ Z : Tiens, c’est vrai, il y a beaucoup de chances pour que Priscilla ait été inspirée par ladite Femme au Foyer…
@ Audrey : Je suis sûr qu’il y en a beaucoup, beaucoup plus. Non, en vérité j’en ai des preuves. Comme souvent les hommes se contentent de lire L’Equipe, c’est plutôt de leur côté qu’on est incité au découragement!
Par Jean-Christophe Heckers le Samedi 9 février 2008
à 11:08
Je crois que d’un côté ou de l’autre, aucun des deux n’est à l’abri de ce qu’on pourrait nommer “d’innocente stupidité” à ne pas voir plus loin que le bout de son nez.
Par lepapillonbleu le Dimanche 10 février 2008
à 5:20