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J’ai décidé qu’Antò serait calibré à 90000 caractères (1). Subitement, j’ai gagné quelques pages et ne suis plus qu’à une vingtaine de milliers de signes du but. Si la période était propice, quinze jours me suffiraient. J’escompte le double, d’autant qu’en entamant la troisième partie je me suis embarqué dans de bien étranges épisodes, qui vont nécessiter bien des réécritures – car ces épisodes me sont complètement inhabituels : il y a du sang, de la violence (alors que c’était parti pour être plutôt calme…).
Comme il m’arrive parfois au bout d’un certain temps passé sur le même texte, pour y voir plus clair je suis obligé de passer par une nouvelle mise en page. Ce coup-ci, j’en ai trouvé une qui préfigure sans doute ce à quoi ressemblera le pdf quand j’en aurai fini avec
1) le premier jet,
2) la relecture,
3) les corrections,
4) la mise en cave durant quelques jours/semaines pour laisser reposer et décanter le tout,
5) les re-corrections,
6) la moue dégoûtée qui indique enfin qu’il faut laisser le texte tel qu’il est et ne pas chercher à trop le réviser avant une seconde phase de mise en cave.
Cette présentation est ravissante, et donne une délicieuse saveur d’antiquité à la future merveille (sic). J’en ai profité pour lui fournir une couverture qui convient (la sobriété étant de mise). Il faudra d’ailleurs que je pense à mentionner les auteurs des deux polices de caractère utilisées, et la personne qui aura fourni le matériau propice à faire ma couverture.
N’empêche, je suis maintenant amené à décrire certaines atrocités, ce que je n’ai jamais fait jusqu’à présent, et suis bien perturbé de devoir me creuser la tête pour être assez horrible sans que ça ait l’air toumeutch’ et vire au grotesque. Mais au moins, je peux me féliciter d’avoir remis la machine en route. L’inactivité avait trop duré. Et alors que j’ai fait prendre un tournant décisif à l’histoire et que le déroulement final commence à se (re)préciser, je sais juste que j’aurai quelques passages très délicats (à cause de la description de certains événements déplorables), mais ça vaut mieux que de rester à sec en attendant le printemps.
Les événements déplorables sont un aspect que je vais devoir apprendre à gérer. Je l’ai dit, jamais je ne m’étais laissé aller à écrire certaines choses. Meurtres et scènes ouvertement sexuelles ont toujours été évités avec soin. Au départ, parce que ça me gênait beaucoup de coller du cul ou des morts violentes dans mes histoires (je comptabilise à l’heure actuelle un seul trépas brutal). Ensuite, j’avais pris l’habitude de rester sage, et l’idée ne m’effleurait même plus de décrire les chauds émois transpirants des étreintes extatiques ni les sanguinolents assassinats. Je commence à peine à me sentir plus libre de ces deux côtés, ce qui ne signifie pas que je tomberai facilement dans un érotisme torride ou une accumulation de cadavres découpés avec une lime à ongles sale. Lorsque ce genre de choses est inutile, on ne peut pas se forcer, même si ça peut procurer des frissons à un lectorat désormais habitué aux séries made in USA dans lesquelles c’est devenu presque une règle.
D’autre part, c’est une question de style: si je ne suis pas porté naturellement à occire mes personnages ou les faire baisouiller, je ne vais pas non plus m’obliger à cela. Je préfère être allusif (peut-être, à partir de là, élusif) plutôt que crûment explicite, surtout si ce n’est pas justifié.
Enfin c’est pas tout ça, hein, mais faudrait peut-être se remettre au travail!
(1) Suivant les chiffres fournis par les éditions Griffe d’Encre: une novella se situe entre 80000 et 200000 signes (donc entre 54 et 134 pages), au-delà il s’agira d’un roman.
Sur le site des Nebula Awards de la Science Fiction and Fantasy Writers of America, on trouvera les chiffres suivants (je ne traduis pas):
« Novel – 40,000 words or more
Novella – 17,500–39,999 words
Novelette – 7,500–17,499 words
Short Story -7,499 words or fewer »
En suivant ce second critère, je me situerais donc encore dans la catégorie « novelette ». Comme ce mot est charmant… n’est-ce pas?

