Archive pour 29 décembre 2007

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Introspections (déplacées)

as_darkness_falls_by_crazymadness.jpg On ne va pas se laisser aller. Ce n’est pas parce qu’on vient de commettre une légère bourde (était-ce bien justifié de vouloir se ruer sur M@nuscrits?) qu’on va par ailleurs freiner ses ardeurs littéraires. Antò progresse à petits pas, j’ai profité de quelques heures de train entre Paris et Montbrison (Loire) pour souiller le Grand Cahier d’Ecriture de mes pattes de mouche (faut dire, j’écris souvent comme un cochon, et forcément quand en plus l’environnement tressaute la calligraphie se fait encore plus sismographique), j’ai ensuite rajouté une couche directement au clavier parce que je le pouvais (même si j’aime de moins en moins ça), avant de reprendre le stylo durant le trajet retour. Là, pas terrible, je crois bien que j’oscille entre “oublier ces pages” et “tenter de sauver ce qui peut l’être”. Le second choix risquerait d’être plus problématique que ce que je veux croire, il sera donc plus facile de reprendre tout le passage, bien que j’en grince d’avance des dents.

 

Le retour à Paris n’est pas vraiment un calvaire, mais dès que je m’en éloigne un peu je sens bien que je serais beaucoup mieux ailleurs. Paris m’étouffe. Il ne fait aucun doute qu’un de ces jours j’aurai la bonne inspiration d’essayer de m’incruster ailleurs, dans une contrée moins grouillante. Je n’ai pas besoin des grands boulevards, de tous ces théâtres, cinémas, magasins. Je me sens à l’étroit dans ces “jardins” enserrés par la circulation automobile. Il y a des coins que je ne supporte pas. Tiens, le Marais, par exemple (et pourtant on devrait se dire qu’au contraire… mais non, je vous l’assure, ça me hérisse). Le logement est une plaie. J’en passe. Mais bien sûr, l’exil est un rêve creux, je sais bien que pour un certain temps encore (sic) je suis coincé ici.

 

 

schizophrenie_by_achello.jpg

L’écriture est aussi, souvent, une manière de fuir la ville. Pas seulement la ville, mais là je ne vais pas m’attarder. Antò est (sera) par exemple un texte dans lequel on se retrouve(ra) éloigné de toute métropole. Il est même possible que j’y caresse un rêve, en partie le même que celui mentionné plus haut. J’en deviens de plus en plus conscient, parfois ça me dérange un peu. Voilà peut-être une explication à l’allongement du texte (au départ, il ne devait faire qu’une dizaine de pages), et à mon peu d’empressement d’en sortir (je prends le temps de fantasmer).

 

Voilà aussi qui en dit un peu sur la façon dont l’écriture a pris racine en moi: d’une certaine façon, il s’agit d’une stratégie d’évitement. Je m’en désole parfois, mais je sais que je me suis ainsi évité du pire. L’écriture est par ailleurs la seule psychanalyse des mutiques: même lorsqu’on croit parler d’autre chose que de soi, on reste toujours présent. L’écrit permet de se décharger de certains fardeaux, ou au moins de se considérer d’un autre oeil. C’est un des avantages qu’a l’écrivassier par rapport au bavard sociable. Lorsqu’on se regarde dans le miroir qu’on se tend soi-même, on a plus de facilités pour voir ses disgrâces. Autrui tend à déformer l’image qu’il nous renvoie. Certes pour l’écrivassier, dans un second temps, il y a le lecteur. Lui aussi, à sa manière, déforme l’image que l’on aura bien voulu discerner. Il faut éviter d’oublier que derrière le masque qu’on nous tend (parfois) se cache notre propre visage, dont certains aspects nous étaient révélés durant l’écriture.

 

Certains aspects: chaque texte nous offre un angle différent de ce visage. Flatteur parfois, mais c’est rare. Fragmentaire, en revanche, toujours. Écrire revient à constituer peu à peu un puzzle dont l’image finale ne sera jamais obtenue, dont aucune des pièces ne s’ajustera parfaitement avec les autres. D’autant que souvent il faut composer avec la mauvaise foi, avec les petits mensonges dont chacun tente de s’entourer pour préserver ses petites indignités de tout dévoilement potentiel. Les médiocrités ne se laissent pas facilement montrer. Qu’on le veuille ou non, notre portrait sera toujours un peu fardé. Que le maquillage soit léger, et nul ne s’en apercevra, pas même l’auteur. Mais en fin de compte, il ne fait aucun doute que l’on en viendra malgré tout, par inadvertance, à se trahir. Le plus difficile sera, un jour, de savoir discerner le vrai du faux. À condition d’en être encore capable.

On pourra arguer que peu importe tout ceci, surtout quand il ne s’agit que de fictions. Mais au fond on doit reconnaître qu’écrire n’est jamais un acte neutre, qu’il engage, qu’il révèle faiblesses (le plus souvent) et grandeurs (si rares). Le lecteur peut passer outre et ne pas sonder les sédiments d’une œuvre, mettre de côté les aspects qui relèvent d’une autobiographie sublimée. C’est peut-être même le plus souvent préférable, que nous refusions de voir dans certaines pages des autoportraits, aussi déformés, partiels et partiaux qu’ils soient. Pourtant, même dans le moindre roman de gare, de ces livres écrits sans y penser sur des canevas préétablis, l’auteur glissera toujours une part essentielle de lui-même, même si cette part se réduit à quelques miettes.

Il faut malgré tout en revenir au lecteur. Peut-être regarde-t-il un texte tout autrement, y discerne-t-il des détails auxquels on n’aurait jamais pensé, ou l’interprète-t-il en fonction de sa propre existence. Donc d’une certaine façon, il va remodeler le texte. Il se peut qu’il se trompe. Il se peut aussi qu’il voie juste, trop juste… Si écrire c’est autant fuir (sa propre existence, de préférence) que se sonder (le paradoxe n’étant qu’apparent), la présence potentielle du lecteur incitera peut-être à ces mensonges, à ces hypocrisies dont nous savons si bien enrober la moindre de nos pages pour, encore une fois, nous dérober –aux autres, d’une part, et à nous-même, ce qui est tout de même plus grave.

Encore faudrait-il être dupe de ses propres duplicités. Ecrivant, je sais quand je me mens, cas d’ailleurs assez courant. Il me faut souvent me lire en négatif (ce qui, heureusement, ne veut pas dire que je sois chargé de vices affreux). En vérité, plus je me dérobe plus je me retrouve face à moi-même. Seul face à la page, dans laquelle j’emprunte tel ou tel déguisement, dans laquelle j’use de tel ou tel leurre, seul devant ce miroir dans lequel parfois je voudrais ne pas plonger le regard, que j’aimerais pouvoir briser. Acte impossible, car je n’ai pas trouvé d’autre échappatoire. Je sais mal me confier (et à qui?), je n’ai pas le goût des cabinets des psychothérapeutes (alors que sans doute j’en aurais besoin). Alors je m’agrippe à la plume, qui si l’on voudra est une bouée de secours, la seule que j’aie jamais trouvé. Et que voulez-vous, je m’accorde à cet état de faits. Et, que voulez-vous, écrire est aussi un tel plaisir… Comment pourrais-je me forcer à y renoncer? Et ensuite… je ne sais plus rien faire d’autre, alors…

 




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