La Page du Solstice
En ce jour le plus court de l’année (courage, la nuit va maintenant reculer), quelques oiseuses considérations pour passer le temps avant d’attaquer mon objectif principal de la journée, vous faire dépenser vos sous à bon escient.
Au sujet d’ANTÒ
Voici remises en ordre les cinq «pages» du début, que l’on pourra lire en cliquant là. C’est encore du brouillon, dans un état plus avancé. Il est vrai, surtout si je me suis tenu trop longtemps éloigné de mon manuscrit, qu’à chaque session d’écriture j’ai tendance à faire une petite relecture rapide durant laquelle surgissent de petites corrections. Plus la taille s’en accroit, moins je prends le temps de survoler le tout, car évidemment il faut garder assez de temps pour aller plus loin…
Plus ça va, plus je me fais à l’idée que je suis en train d’écrire une novella, pas simplement une nouvelle, et après tout il ne me reste plus à pondre qu’un peu plus de trente-mille caractères pour qu’un vocable se métamorphose en un autre. Vingt pages: trois fois rien, quand on fait preuve d’un peu d’optimisme. (Jadis, j’aurais levé les yeux au ciel, baissé les bras et secoué la tête: ça m’aurait paru tellement énorme, alors, car si j’arrivais à dépasser les dix pages annuelles, c’était bien à grand peine). Vingt pages, afin d’obtenir la taille minimale requise pour qu’un texte atteigne ce statut tout de même ambigu (ce n’est pas une nouvelle, ce n’est pas un roman, c’est quelque chose qui se situe entre les deux tout en étant différent).
Et pour les écrire, j’ai désormais recours, question d’ambiance, à certains morceaux de Dead Can Dance, voire de Lisa Gerrard toute seule, qui sont parfaitement adéquats avec ce que je veux faire passer comme atmosphère. Ce n’est pas la première fois (et ce ne sera pas la dernière) que la musique m’accompagne, mais je dois avouer que depuis quelques jours ça devient exaspérant: DCD en boucle, ce n’est pas forcément bon pour le moral.
Mais revenons sur la question qui m’agite. Après avoir achevé Vous Autres, qui m’avait enquiquiné pendant huit mois, j’avais décidé que j’écrirais des nouvelles pour me faire oublier le roman annuel (pourvu que 2008 ne me voie pas repris de frénésies chapitrantes à délires subgalactiques, ça arrangerait tout le monde, et j’aimerais bien me consacrer à d’autres sujets, pour changer). Manque de bol, le temps de récupération post-roman a été plus long que prévu, et c’est en pleine Catalogne espagnole (dans les montagne du parc naturel de Montseny, au-dessus d’El Figaro, pour être précis) que la plus prégnante idée d’histoire est venue s’installer et m’a conduit depuis aux douloureuses extrémités dans lesquelles je me vois plongé actuellement avec la rédaction à rallonge d’Antò –j’évoquerai certainement, une autre fois, la savoureuse genèse de cette idée (idiote, la genèse, quoique l’idée elle-même…). Je me retrouve donc en fin d’année avec non pas deux ou trois nouvelles, mais un texte de taille respectable (tout de même, ne lui dénions pas cette qualité) et d’ailleurs pas fini, qui saura donc accaparer son auteur encore un petit moment (d’où le pressentiment que 2008 se fera sans roman, ce qui me soulagerait presque, mais sait-on jamais que je me lance dans une longue ineptie de 250 pages au milieu du printemps… ce serait catastrophique).
De l’autre côté de l’écran
Où en étais-je? Peu importe, je voulais juste me prouver que j’arrivais encore à produire des phrases interminables à méandres retors. Maintenant nous allons pouvoir en venir au corps du délit du jour, à savoir ma toute fraîche lecture (enfin intégrale) du roman de Patricia Parry: Petits Arrangements avec l’Infâme. Même si ce n’est pas dans mes us et coutumes de jouer les critiques littéraires, pour une fois je ferai exception. Il le faut. Pour une fois. Mais si, mais si.
Patricia, qui sévit sur Over-Blog depuis déjà pas mal de temps (nous y étions comme qui dirait voisins), ceci dit en passant pour caser sa bonne adresse de blog (que vous retrouverez à votre droite), avait déjà publié en 2005 un L’Ombre de Montfort que je me suis permis de louper (je n’ai matériellement plus la place de caser des bouquins dépassant les 3mm d’épaisseur). Je guettais depuis quelques temps l’arrivée des Petits Arrangements…mais ne voyais rien venir en rayon (et moi, si ça n’existe pas en rayon, j’ai du mal à croire que ça existe). Il aura fallu que je me rende à Montbrison (Loire –voir aussi le lien à droite), pour le dénicher dans la Librairie du Forez, où patientaient deux exemplaires, bien en évidence.
Je vais l’avouer tout net, moi et le genre «noir», en règle générale, on s’ignore avec tact, l’un assuré qu’il ne saura jamais écrire de choses crédibles dans ce domaine, l’autre convaincu que je ne suis de toute façon pas assez bien pour lui. Il y a bien des années, j’ai touché à Goodis, Bloch, mais mes explorations littéraires se sont presque arrêtées là. Nous n’avions pas assez d’atomes crochus.
Pourtant, ma foi, je me suis plongé dans le livre de Patricia, et je n’ai pas réussi à m’en sortir. Sur le plan de l’histoire, c’est une splendide mécanique dont certains rouages nous apparaissent au fur et à mesure, mais pas les plus essentiels, sinon ce ne serait pas drôle, et la conclusion m’a vraiment beaucoup surpris. L’écriture est hélas tout aussi à la hauteur, avec de ces pointes d’humour qui mettent du sel dans une histoire qui, elle, fait froid dans le dos. Une histoire qui d’autre part, s’insère dans notre actualité, si j’ose dire, la plus brûlante. Une histoire qui donc touche jusqu’au politique; je ne peux en livrer la leçon finale sous peine de trahir les dernières pages, mais durant une grande partie du livre je me suis dit que l’histoire est un cercle vicieux. Voilà qui devrait suffire.
J’ai été captivé, donc, et pourtant moi, un bouquin qui débute dans une mare de sang, j’ai plutôt envie de le refermer. Je n’ai jamais été très chaud pour les empourprements poisseux, comme ça, d’entrée de jeu. Mais j’ai passé outre. Et alors, le régal. S’il n’y avait que la trame, l’intrigue, les péripéties… qui forcément vous tiennent en haleine jusqu’au bout (et quel bout!)… Il y a aussi une savoureuse série d’allusions, fines et ironiques, à des personnages facilement identifiables pour un Hexagon. Tous nos protagonistes sont d’ailleurs finement campés, même ceux qui, dans la «vraie» vie, sont un peu des clichés, s’étant collés un rôle qu’ils tiennent avec une farouche conviction (ou la farouche conviction d’être convaincants dans leur rôle, je ne sais pas trop). On trouve aussi quelques situations remarquables, et très amusantes (le coup du bol de lait est une merveille –mais je préfère ne pas dévoiler de quoi il retourne).
Au passage, je remarque que ce bon docteur Le Tellier tient certes le premier rôle, mais ce sont quand même les femmes qui mènent la danse durant tout le roman. (Les personnages masculins principaux sont plutôt rares et à mon avis restent en retrait: est-ce parce que les garçons écrivent des romans où les garçons sont sur le devant de la scène, et les filles des romans avec des filles au premier plan? Mais il est vrai que la psychologie masculine est parfois si simpliste qu’il vaut mieux que les femmes prennent le dessus.)
Bref! J’ai passé à cette lecture de bien délicieux moments. Je sais que ma conclusion n’est pas très originale mais c’est comme ça, d’abord je ne vois pas comment je pourrais être autrement qu’élogieux, et je vous invite à aller cliquer à droite (vous pourrez trouver un aperçu des premières pages de l’œuvre) puis encore une fois ou deux pour acheter le bouquin en ligne (ou plus simplement en attraper les références avant d’aller torturer le libraire le plus proche). Bouquin que vous dégusterez en attendant les prochaines élections, ce qui certes ne manquera pas de sel. Enfin, si vous n’aviez toujours pas d’idées de cadeaux pour Noël, c’en serait une excellente…
Sinon, rien à voir, mais je sais que Patricia aime beaucoup cette image, moi aussi cela va sans dire, alors revoici mes chouettes des terriers préférées:
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Cher Jean Christophe, je suis rouge tomate. Merci de cette somptueuse critique,
Merci aussi pour cette extraordinaire photo, dont je ne me lasse pas.
Je te souhaite de bonnes fêtes et le meilleur pour l’année à venir.