
La seconde entr’aperçue
Fragment
Visage regard à peine
ces yeux noirs
Dans le plomb et sang du soir
las de l’offense chaste du jour
tranquille et bleu
par degrés descendu sur les paupières
Silhouette à peine
Sillage certain
bascule d’un instant
aussitôt refermé
Les nuages boivent
les ultimes lueurs
avec avidité
*
Dans le fourmillement du néant
le silence en débâcle
règne sur nos terreurs
La vacuité s’épaissit
dans le soir qui chute
lenteur d’astres au couchant
Et c’est un fracas de vertige
roulant sur les nuits sans sommeil
toutes les nuits qui se referment
sur des ombres sans visage
Une torpeur de givre
frissonne dans l’inconclusible espace
de nos silences aux remous noirs
éclaboussés de néons
Voici l’extinction de nos songes
la clarté livide de l’oubli
l’effacement de nos espoirs
Les mots sont pantins désarticulés
vacillant comme ultimes étoiles
achevant leur course molle
Sans délivrance
de la lenteur avide
ainsi nos mains se crispent
sur un songe oublié
Et c’est une fin des temps
inachevée avant l’aube
en suspens entre deux rêves insomniaques
où bat le sang de tonnerres absents
*
De nouveau traverser une nuit
de constellations défigurées
à la course cliquetante
Le froid mordant la main
l’absence d’un soupir
étire les heures creuses
et le gel avale
les étoiles qui chutent
sous nos pas hésitants
Plus loin le fleuve entraîne
nos songes éteints
nos mains se crispent
au fond des poches
Mais oublions l’oubli
des ténèbres piquetées d’argent
qui pèsent sur les paupières
retournons sur nos pas
Sous l’arche d’un pont
C’est la valse lente des tourbillons
où se noient les lueurs
scintillantes de nos espoirs
dépecés et jetés à l’eau noire
Nous traversons une nuit
sans fin et avide de ténèbres
y frappe sans retenue
la massue d’Orion
Prions sans prier
que jamais ne se referme
sur nous notre néant
Mais ses dents claquent
disloquant les rêves pétrifiés
engourdis de brouillard
et de sourires vides
nous saisissant à la nuque
et nous secouant jusqu’à la mort
des étoiles et de l’aube blessante
*
Dans l’ombre les miroirs
chuchotent des paroles
en labyrinthes
calmement multipliés
Nuit d’étoiles mortes
depuis des éternités
Le souffle se calme
apaise les rêves
indistincts encore
émergeant du creux
renouvelé du sommeil
Draps froissés d’inquiétude
forment des vagues livides
De lointains échos
se répercutent
le long des façades
indifférentes
baignées de ténèbres
et de flaques de la lumière jaunâtre
des réverbères
Ciel qui incurve sa course
tandis que se déversent cataractes d’astres
Indécision
du sommeil
qui se recroqueville
hésite à se lover
donne des coups de pieds
dans le rien
Sinuosités du vent
des nuages se fracassent
par dessus les toits
Miroirs enfin tus
silence infranchissable
La nuit s’immisce
entre les lèvres abandonnées
plus lourde encore
appuie sur la poitrine
Mots enfin décomposés
en unités d’images et d’odeurs
en immémoriale animalité
L’oeil fou roule sous sa paupière
engluée de larmes
La nuit enfin dévore
des millions de rêves
dont des milliards de démons
se disputent les carcasses
Laissons faire
le silence
Bientôt
il pleuvra sur l’abîme
*
Les larmes ont l’odeur du vent
des étincelles s’envolent
je crois
mais ce ne sont peut-être que des étoiles
la nuit devient
cette élégie ininterrompue
rythmée de réverbères
Je ferme les yeux
voudrais battre en retraite
vers le sommeil
Il pleuvra peut-être
les nuages poursuivent
un rêve vers l’orient
à toute allure
*
Nuit
Je me cogne aux mots
comme le papillon à la vitre
Battements d’ailes
en panique
…Ouvrir la fenêtre
qu’enfin le chant s’envole
(décembre 2002 ?)





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