Étant posé le rien à dire reste à modeler la vacuité des mots et des silences. Ciel bleu dur vrillant le regard. Poèmes mort-nés brûlés de soleil. Je défais les rimes et les jette à l’eau. Mots noyés que des mouettes se disputent avec acharnement. Le fleuve s’écoule emporte les strophes les démembre les disperse. Lambeaux de sonnets tournant dans l’onde boueuse. Dissolution. Les proses, je crois, coulent plus vite.
Mots distordus agonisent avant même d’être écrits. Tombent en poussière. Le vent les chasse dans mes yeux. Douleur indistincte. Je n’y vois plus. Je me frotte les paupières des syllabes se collent à mes doigts je les essuie sur mon pantalon et il ne reste plus rien. Scories de phrases craquent sous le pied. Je les éparpille. Un rêve éveillé de pages blanches. Déchiqueter. Recomposer l’oubli du langage poétique.
Empilements de lignes vierges en équilibre instable. La pointe du stylo qui erre sur un désert de cellulose. Le soleil en éclats sur l’eau. D’une phrase à l’autre rien ne se joue. L’écrit négatif. Encre torturée prise au piège d’un quadrillage bleu. Les doigts s’engourdissent. Paragraphes figés de gel fissurés de silences moroses d’attentes indélicates. Le rien à dire est dit dans une profusion confuse. Gerbes de lumière dansant sur les murs. Azur tranchant comme un scalpel.
Je raye les phrases une à une. Leur offre l’innocuité essentielle du mutisme. Plus rien n’advient. Jamais qu’un amas de signes placés côte à côte empilés remués pour finir insensés absurdes. Coquilles vaines. Effets rhétoriques à l’indigence glacée. Restent des traces d’encre entremêlées. Points de suspension. Plus rien à dire tout étant dit. Le grand œuvre de l’abolissement attend son heure.




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