Clavier mal tempéré
Où l’auteur, se refusant à tout compromis, opte pour la troisième personne du singulier afin de magnifier son Moi, ou de se foutre de sa propre gueule (ce qui n’est pas incompatible).
Feuillets du Crépuscule avance. Point trop vite, point trop lentement non plus. Juste à la vitesse qui sied à une mi-novembre péri-hivernale. On peut juger des premiers dégâts en cliquant sur les signets adéquats de la page Au Menu. Un cinquième morceau est en bonne voie, toutefois soumis aux aléas climatiques : c’est que l’auteur a déjà tendance à entrer en hibernation, prenant une certaine avance sur la saison qui convient à ce doux état…
Il est bien vrai qu’il apprécierait de s’enfouir sous la couette jusqu’en mars, et de n’en point bouger que pour aller jusqu’à la cuisine, la salle de bains, et un endroit que la décence nous empêche de décrire plus précisément ici, mais que chacun fréquente un certain nombre de fois par jour. La couette étant de toute façon indispensable pour résister à la froidure qui parvient à s’infiltrer sournoisement en son logis, faisant chuter la température intérieure à des niveaux que l’on n’imaginera même pas. Certes l’auteur parvient à supporter ce désagrément. Mais il se demande s’il ne devra pas prochainement s’activer avec des mitaines, tant ses grandes paluches n’ont de cesse de s’engourdir à la moindre occasion, lorsqu’il sera nécessaire de s’extirper du cocon douillet propice aux songes les plus tièdes. Cocon qu’hélas il ne fréquente que nuitamment, pour de trop brèves heures durant lesquelles il imagine de délicieuses plages de sable fin caressées par des vagues cristallines, dont voici un exemple trop réel :
L’auteur somnolerait donc sans peine jusqu’aux prémices du printemps, s’il n’avait fort à faire, puisqu’il devra achever les corrections de certaine novella (voir ici), nourrir un bébé blog (et l’on sait que c’est vorace, ces petites choses), terminer la nouvelle en cours dont l’achèvement, s’il n’est pas une priorité, est malgré tout un impératif, et trépigner jusqu’au 15 décembre en attendant le résultat des votes pour le Prix Alexandrie (s’il ne court pas après, il ne dédaignerait pas que son front soit ceint d’une majestueuse couronne de lauriers).
Et il doit, immédiatement, en venir au sujet de réflexion du jour : comment le climat influe sur l’écriture.
Rectification : sur la sienne. Car il se refuse, une fois n’est pas coutume, à généraliser outrancièrement, préférant exposer son cas personnel et navrant.
Lorsque la froidure s’installe, voilà notre auteur fort marri et tout contrit. Il a bien du mal à s’asseoir devant une feuille blanche pour lui infliger une bonne correction, même lorsque les mots ne lui manquent pas. Dehors, le ciel est désobligeant : livide, ennuagé, propice aux morosités les plus acharnées. Dedans, les doigts de l’artiste refusent de s’échauffer jusqu’à ce que le maniement d’un stylo ou la contact d’un clavier leurs soient aisés. C’est que l’auteur, s’il sait résister aux températures indécentes, demeure à certaines occasions un animal fragile, et ce n’est pas en frissonnant qu’il peut espérer parvenir à coucher quelques paragraphes. Il s’y efforce, non sans mal. Mais il sait que si entre 12,5° et 27,5°, tout se passera bien, en dehors de cette plage restreinte l’existence lui est vite un long supplice grelottant ou transpirant.
L’été est donc, autant que l’hiver, son ennemi. Qu’il fasse trop chaud ou trop froid, et le voilà démuni de toute inclination à se pencher sur quelque manuscrit. Toutefois, la chaleur influe moins sur lui que le froid. Un dérèglement certain de l’irrigation sanguine des membres extrêmes lui cause alors bien des tracas. Restons en à la mauvaise saison qui s’annonce : il va lui falloir lutter, non pour survivre comme d’autres, mais pour se dégeler un bon coup au moment où il se jettera sur un brin de prose. Revêtu de bien des couches de vêtements, voire d’une couverture qui donnerait à autrui l’impression qu’il porte une burka (ce seyant accessoire tant apprécié des femmes afghanes depuis que leurs maris les trouvent bien plus sexy recouvertes d’un sac), il extirpera de cet amas de tissus et de lainages une main malhabile qui, se crispant sur la page, parviendra peut-être, au mépris de sa frilosité, à tracer quelques signes hésitants.
Quelques : il ne faut pas rêver mieux. D’où qu’il n’espère pas mener à bien ses Feuillets du Crépuscule avec autant de célérité qu’il le voudrait. Sauf à trouver quelque solution de repli, un lieu d’écriture au confort raisonnable – mais pas un bistro, il refuse cette option : à trop regarder l’aspect désespérant du ciel, les arbres qui derrière la vitre profilent leurs silhouettes décharnées, et ses congénères emmitouflés jusqu’aux cheveux, il lui prendrait l’envie de se mettre à boire en attendant la belle saison. Or des auteurs alcooliques, il y en a déjà assez comme ça.
En revanche, avant de se remettre au travail, l’auteur se taperait volontiers un chocolat chaud bien corsé. Et ensuite, il aurait une tablette de vrai chocolat à proximité. Le bonheur. Comme quoi, finalement, la mauvaise saison, ça pourrait ouvrir quelques perspectives pas inintéressantes…


